L'avenir des librairies Sauramps désormais scellé à celui du Furet du Nord

Nicolas Gary - 28.06.2017

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C’est ce 28 juin que le devenir des établissements Sauramps est fixé par le tribunal de Montpellier. Sur les trois offres de reprises, l’une était d’ores et déjà écartée. Restaient alors en lice Amétis, portée par un architecte montpelliérain, et Furet du Nord, l’enseigne de librairies. Et dans les deux cas, une certaine amertume en bouche pour les salariés. Et plus encore pour les licenciements.


Librairie Sauramps Montpellier
ActuaLitté, CC BY SA 2.0



En son âme et conscience, le tribunal s'est consulté, et le choix n'était pas mince à faire. Depuis la fin de l'audience du 26 juin, les rumeurs allaient bon train, pointant l'offre de François Fontès / Amétis comme privilégiée par les juges. Le choix du tribunal s’est donc porté sur l’expérience du Furet du Nord, considéré comme un repreneur plus fiable, malgré une offre moins puissante en terme d’emplois.

C'est que, dans les deux cas, les salariés n'étaient pas sereins : « Il y avait des licenciements plus nombreux avec le rachat par Furet, mais en même temps, une enseigne professionnelle, immanquablement », observe-t-on ce jour. Mais avec la proposition de l'architecte, c'est l'ensemble des librairies du groupe qui était repris, une manière de préserver un maximum d'emplois, avec les incertitudes quant à l'avenir et la future gestion qui s'imaginent.
 

Ne pas lâcher la proie pour l'ombre


Pour les personnels, la difficulté se résumait d'ailleurs facilement : « Le Furet c’est un impact social lourd, immédiat, mais la garantie d’un professionnel qui connaît le secteur de la librairie. En face, l’offre d’Amétis, ce sont 37 emplois conservés de plus, sans aucune garantie dans le temps, et le transfert d’un groupe dans les mains de novices. Le tribunal n’a pas manqué ce détail. Alors bien sûr, il y a l’argent et une forte volonté... mais également beaucoup de zones d’inconnu. »

Au final, Furet reprend les établissements de Triangle, situé au centre de Montpellier et de Sauramps Cevennes, à Alès, avec le maintient de 57 postes sur 119. L'établissement d'Odysseum sera donc fermé.
 

Dans le délibéré que cite La Gazette, le tribunal rappelle combien la proposition du Furet découle d’un groupe « dont la solidité financière est reconnue », mais également que son président, Pierre Courisères, « présenté de manière détaillée et professionnelle le repositionnement du magasin du Triangle pour assurer sa pérennité ».

 

D’ailleurs, le fait que 37 emplois de plus soient perdus, en regard de la reprise avancée par Amétis, « nous apparaît compensé d’une part par la pérennisation des emplois repris, et d’autre part par la perspective de recrutements à venir ». 

 

Et de poursuivre : « À noter que dans le cadre des mesures d’accompagnement il est proposé 26 postes à pourvoir au sein du groupe Furet du Nord ainsi que la mise en place de 4 CDD de 6 mois. Le surcoût engendré par les conditions proposées (passif de Sauramps Odysseum) est le prix à payer pour redresser la profitabilité du groupe et la pérennité des autres sites. »
 

Les salariés sur le qui-vive expriment leur désarroi


Rappelons que Jean-Marie Sevestre et le procureur de la République disposent de 10 jours pour faire appel. Ce dernier avait en effet émis un avis favorable au dossier d’Amétis, prenant en compte les réserves exprimées. « Il a estimé que 37 personnes de différence, dans la préservation des emplois, est un pari qui devait être tenté. »

Quant à l’ex-PDG, il a pris la parole à Triangle, « pour nous dire qu’il regrettait que ce ne soit pas l’offre de François Fontès qui ait été retenue. C’est terrible, parce qu’il n’a jamais rien fait pour qu’on s’en sorte, mais il avait une confiance absolue dans le fait qu’on s’en sortirait. C’est aussi ce qui l’a perdu », souligne un proche du dossier.
 

« La décision de justice concernant le dossier de reprise du Groupe Sauramps est tombée aujourd’hui tel un couperet », expliquent les salariés dans un communiqué. Et d’expliquer comme suit :

 

Lundi 26 juin lors de l’audience, Me BLANC (administrateur judiciaire), Me PERNAUD (mandataire judiciaire) ont présenté un rapport de leur travail depuis la mise en redressement des sociétés et ont terminé en donnant leur conclusion : tous les deux ont affirmé leur préférence pour le dossier AMETIS.

Le Président du Tribunal a également donné un point de vue allant dans le sens des mandataires judiciaires. Le Procureur général a étayé ses considérations sur les 3 dossiers et a conclu par un avis favorable à Ametis. Les Délégués du Personnel se sont ensuite exprimés et ont également donné un avis favorable à l’offre d’Ametis au regard de l’offre du Furet du Nord.

Le Groupe Amétis se proposait de reprendre l’ensemble des sites et 94 des 119 employés. Ils conservaient près de 80 % des emplois. Le furet du Nord ne conserve que deux sites (Alès et le Triangle) et seulement 57 employés. C’est 62 postes qui sont supprimés, soit 52 % des effectifs licenciés.

Aujourd’hui, le tribunal a rendu son verdict en faveur du Furet du Nord, ce qui génère colère et incompréhension chez les salariés du Groupe Sauramps. En conséquence, dès demain un mouvement de grève sera initié par les salariés sur le site de Sauramps Odyssée et du Triangle. Nous vous donnons rendez-vous ce 29 juin à 11 h pour que vous relayiez notre désarroi.

 

 

Une histoire à la limite du Vaudeville


« En annonçant que le délibéré interviendrait trois jours après l’audience, le tribunal avait déjà envoyé un message fort », nous expliquait l’un des repreneurs. « C’est celui de l’urgence dans laquelle se retrouve le groupe, et la nécessité d’apporter très rapidement de l’argent. » La reprise ne s’annonce pas simple : les librairies, qui réalisaient près de 25,3 millions € de chiffre d’affaires pour l’année 2016, accusent supérieures à 300.000 € de pertes en 2016. Une situation qui s'est de toute manière « violemment dégradée cette année », assure un observateur.
 

Furet du Nord : “Préserver Sauramps et les librairies de province, un enjeu d'avenir“


La faillite de l’entreprise avait été provoquée par un véritable imbroglio : Benoît Bougerol, propriétaire de La Maison du livre de Rodez, avait formulé une offre, mais Jean-Marie Sevestre le futur ex-PDG, l’avait refusée au profit de celle présentée par Matthieu de Montchalin, président du Syndicat de la Librairie Française et patron de l’Armitière. Or, il s’était avéré avec le temps que cette dernière ne tenait absolument pas la route financièrement.

En ultime recours, les actionnaires s’étaient tournés vers Benoît Bougerol, mais trop tard. Le redressement judiciaire avait suivi, logiquement, non sans laisser des traces d'amertume aux salariés, qui avaient montré, à leur manière, ce qu'ils pensaient de Jean-Marie Sevestre, Matthieu de Montchalin et Alain Panaget – le directeur général (par ordre d'apparition).