L'avenir du livre vu par le PDG d'Ingram

Clément Solym - 29.12.2011

Edition - International - David 'Skip' Prichard - C.M. Rubin - Edition


La semaine dernière, la journaliste et écrivain C.M. Rubin a rencontré David ‘Skip' Prichard, PDG d'Ingram Content Group. Une vision étonnante du futur de l'édition ressort de l'interview. Alors, clairvoyance ou spiritsme nébuleux ?

 

Ingram est un acteur majeur du livre aux Etats-Uni. La société offre ses services aux éditeurs pour leur fournir à partir d'un seul fichier un contenu qui peut prendre de multiples formes, que ce soit un livre imprimé ou un contenu numérique. Ce sont eux qui ont aujourd'hui le plus grand inventaire d'ouvrages au monde (7,5 millions au dernier relevé) et ils servent un marché qui inclut des librairies, des bibliothèques, des écoles ou encore des détaillants spécialisés.

 

 

C'est là que les déclarations de David ‘Skip' Prichard prennent tout leur sens. (En dehors du fait, qu'un type qui se fait appeler Skip mérite toute notre attention). Et un sens foncièrement positif, David Prichard attend beaucoup du futur, il est très optimiste sur l'avenir du livre. Mais ici, il parle business.

 

Un nouveau défi à relever

 

Pour lui, l'industrie du livre, américaine s'entend, est promise à un avenir radieux. Pourtant, sa position n'est pas des plus neutres, il annonce sans tergiverser que le modèle économique du livre va être fondamentalement modifié ces prochaines années.

 

Pour appuyer ses dires, il parle de faits comme l'accroissement de la population et la demande d'ouvrages en anglais dans le monde toujours plus forte. Mais surtout, il considère que la définition même du livre subit en ce moment des mutations radicales. Il prend pour exemple la publication récente de Jacqueline Kennedy : Historic Conversations On Life With John F. Kennedy. La biographie contient non seulement du texte, mais aussi des interviews audios, des vidéos et des photographies.

 

Il y a ici toutes les marques du changement et de la création d'un nouveau modèle. Pour lui, les auteurs ne peuvent désormais plus se contenter d'écrire, ils doivent disposer de tout un attirail de compétences supplémentaires, et notamment savoir se servir de l'ensemble des nouveaux outils mis à leur disposition. « Le défi n'est non plus sur le talent, mais sur la recherche du bon modèle économique », prophétise-t-il. Il ajoute « Il n'y pas de limite à ce qu'il peut être fait, mais il y a une limite à ce que sont prêt à payer les clients », rappelant qu'il est, entre deux divinations, patron d'une entreprise qui pèse lourd, très lourd.

 

Les librairies, toujours d'actualité 

 

Pour autant il ne prédit pas la fin de la librairie physique, à condition que celle-ci parvienne à « redéfinir son rôle en trouvant de nouvelles voies pour différencier son usage de celui du Net ». Ouf, les librairies ne disparaitront pas. Pas plus que les éditeurs, qu'il juge de plus en plus indispensables dans une période de croissance exponentielle de l'écriture de livres. « Le rôle des éditeurs de sélectionner et de promouvoir est plus précieux que jamais ». D'un autre côté, le nombre d'auteurs autoédités est en augmentation dans les deux formats, que ce soit papier ou numérique…

 

Autre thème abordé par David Prichard, le piratage, dont le problème est à la fois la solution. Selon lui, si l'accès légal à la lecture d'un livre est facilité à l'extrême, le piratage s'essoufflera de lui-même ; « Gardez à l'esprit que ce qui sépare les livres des autres formes de divertissement, (…), c'est qu'ils ont toujours été disponibles gratuitement dans les bibliothèques. »

 

Mais David Prichard est bien plus qu'un prédicateur, il est le patron d'une entreprise qu'il qualifie de « pivot entre les éditeurs, les libraires et les détaillants ». Sacré personnage.

 

L'intégralité de l'interview est disponible sur Educations News.