L'avenir du moulin de Daudet est disputé

Lauren Muyumba - 02.05.2013

Edition - Justice - Moulin de Daudet - Alphonse Daudet - Fontvieille


Jacques Bellon, le gérant du moulin de Daudet a porté plainte contre X pour dégradation de monument historique et pour soupçons de malversations. Selon lui, les fonds alloués à la rénovation du moulin auraient été employés à d'autres fins par la mairie. Bellon ne veut pas se faire rouler dans la farine. Il déplore que le site n'est pas été suffisamment valorisé et entretenu.

 

 

Moulin de Daudet

 

 Par dierk schaefer_CC BY 2.0

 

 

Fontvieille, à environ 40 km de Nîmes, est un village de Provence connu pour son moulin. Alphonse Daudet s'en serait inspiré pour écrire Le secret de maître Cornille, l'une des nouvelles du recueil Les Lettres de mon moulin publié en 1869. Le moulin est aujourd'hui au coeur d'un litige entre son propriétaire, Jacques Bellon et le maire de Fontvieille, Guy Frustié, ex-gestionnaire des lieux.


Le lieu est fermé depuis 2011, pour éviter qu'il ne s'effondre sur la tête du public. Après cinquante et un ans de gestion municipale, Jacques Bellon récupérait ce bien « dans un état de délabrement extrême ». Il a alors refusé de le louer à la mairie et a rejeté la proposition de rachat par le maire à    120 000 euros. Une procédure d'expropriation pour cause d'utilité publique avait alors été lancée par Guy Frustié.


Le propriétaire et notaire conteste des pratiques allant à l'encontre de la conservation du lieu : « Ils ont couvert les murs de vinyle. Ils ont saccagé à la tronçonneuse la partie vermoulue de l'axe du rouet, en bois d'orme, pour le remplacer par du bois rapporté », explique-t-il. « L'édifice, ou ce qu'il en reste, n'est ni à louer, ni à vendre, mais à réparer, compte tenu de son état de délabrement avancé », précise-t-il. Le moulin n'a apparemment pas le vent en poupe. En tout cas, il n'était pas une priorité pour la mairie qui a géré des chantiers jugés plus urgents, comme les travaux pour éviter les inondations.

 

Tourne, tourne, petit moulin...


Mais le maire d'aujourd'hui n'est pas seul responsable puisque le moulin est un site touristique depuis 1933. Bâti en 1818, le lieu appelé aussi moulin de Saint-Pierre, a servi à moudre du blé jusqu'en 1915 avant d'être restauré en 1933. Classé monument historique depuis le 6 mars 1931, la question sur son avenir se pose aujourd'hui avec de multiples points d'interrogation. Situé dans une région venteuse fidèle au Mistral, le site demande une attention et un entretien particuliers. Ses ailes ont déjà été refaites deux fois (1988 et 2005) et son intérieur semble aussi fragile.


Une pétition « pour la réouverture du Moulin de Daudet », a été mise en circulation par l'association des Amis d'Alphonse Daudet, société qui restaura le moulin en 1933. Un nouveau souffle est à donner au moulin pour faire de nouveau tourner l'affaire. Au-delà d'un conflit, c'est une affaire de patrimoine littéraire qui se joue en ce moment pour la commune. Donner cette impulsion culturelle serait dans la volonté des deux parties. Voilà un terrain d'entente qui mériterait d'être creusé.


Didier Bagnis, chargé de communication au cabinet du maire, explique que « le Chemin de Daudet n'est pas nouveau, il existe depuis les années 90. La seule différence, c'est qu'il n'est plus possible de visiter le moulin de Daudet, ni le musée qu'il y avait à l'intérieur. Mais les familles viennent quand même le prendre en photo de l'extérieur ». Le parcours touristique passe aussi par les quatre autres moulins de la commune et va jusqu'au château de Montauban, « lieu où se recueillait Alphonse Daudet lorsqu'il était accueilli par la famille Ambroy » précise Didier Bagnis.


Quant à l'un des moulins tout juste acheté par la commune à 25 000 euros, il devrait être rénové pour "revaloriser le patrimoine communal" explique Didier Bagnis. Le bruit court que la mairie voudrait en faire le moulin officiel de Daudet. Mais le chargé de communication dément fermement cette rumeur : "on ne va pas refaire l'histoire, le moulin de Daudet le restera". Reste à espérer que les touristes cherchant le lieu authentique qui inspira l'auteur, ne soient pas perdus...