Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

L'ebook confronté à des pollutions textuelles

Clément Solym - 24.06.2011

Edition - Justice - livre - numerique - polluer


On ne l'attendait pas vraiment. Mais depuis plusieurs mois, les rapports sont formels : l'utilisation de textes sous licence Private Label Rights, pour générer des ebooks à foison devient une plaie. Parce que l'on retrouve des livres similaires, sans originalité et qui viennent polluer les espaces commerciaux.

Pour Mark Coker, fondateur de Smashwords, distributeur d'ebooks pour auteurs et éditeurs indépendants, le PLR est « l'une des pires menaces pour les ebooks aujourd'hui », explique-t-il au Guardian. Et pour cause : pour une somme de 24,95 $ mensuels, on peut accéder à des tonnes des textes, qu'il suffit de remixer les uns avec les autres, pour proposer en suivant un livre numérique.

La PLR, nerf de la guerre

La problématique de cette licence fait donc que l'on se retrouve avec des dizaines, potentiellement des milliers (des millions, tremblons un peu) d'ouvrages sans aucune originalité, qui occupent et polluent un espace de vente. Et une simple recherche avec l'acronyme présente une liste impressionnante de contenus disponibles sous PLR. (notre actualitté)

Concrètement, la PLR est une licence définie par l'auteur du texte, ou de l'oeuvre, et qui ne possède pas de définition légale. En fait, n'importe quel quidam pourrait commercialiser ses textes, et les proposer à qui veut bien les acheter. Si la licence varie selon les auteurs et vendeurs, la base est que tout acheteur peut recommercialiser sous son propre nom, ou sa marque, sans souci. Une sorte de texte en marque blanche, finalement...

Et même le Creative Commons

Pour aller plus loin, on avait même pu voir fleurir en octobre 2010 des livres numériques reprenant des articles entiers de Wikipedia, pour les commercialiser par la suite. « Nous étions au courant de ces publications. Mais finalement, elles sont respectueuses des critères de fonctionnement de l'encyclopédie. Dans les pages intérieures des livres, on retrouve les crédits nécessaires et les renvois à l'encyclopédie. En fait, le respect des conditions d'utilisation de Wikipedia est complet », nous expliquait alors la Fondation Wikimedia. (notre actualitté)

Copier-coller-commercialiser

Le sujet devient alors préoccupant pour les uns et les autres, en ce que ces faux livres vicient le marché de l'ebook, puisqu'ils ne nécessitent que très peu de temps pour être créés en masse. D'autant qu'avec un peu d'astuce, on peut modifier - en toute légalité, conformément aux conditions d'utilisation du PLR - tous les aspects du texte que l'on a ainsi acheté. Et dès lors, l'ouvrage peut plus difficilement devenir repérable, et passer entre les mailles d'un filet qui tarde à être lancé.

D'autant plus que, si un vendeur est responsable de ce qu'il propose, Amazon se décharge largement de toute responsabilité en ce qui concerne sa plateforme de commercialisation pour l'autoédition. Il ne reviendrait donc pas même au cybermarchand de faire le ménage dans ces stocks de livres.

L'autre pan, c'est le vol pur et dur de textes sous droits, dont les auteurs découvrent eux-mêmes qu'ils ont été pillés. Toute une lourde procédure s'enclenche alors pour parvenir à faire supprimer le texte - et souvent, avec des longueurs désespérantes...

Traitement encore inexistant

Mais restons dans ces affaires de doublons. Pour le moment, le phénomène ne semble pas vraiment observé en France. Les plateformes d'autoédition ne constatent pas la présence de ce type de contenu, et le PLR ne semble pas avoir d'équivalent sous nos latitudes.

L'escroquerie que représentaient jadis les sites dits Fermes à contenu, parce qu'ils reprenaient justement ces textes sous PLR, se déporte donc dans le domaine du livre. Si Google a décidé de modifier son algorithme pour éradiquer ces doublons insipides, le livre, pour sa part, sera bien plus complexe à démasquer. Même si dans l'absolu, il ne s'agit que de données à analyser : un peu comme l'hydre, il suffirait de s'échiner à trancher une tête pour qu'une autre repousse.

Mais dans le cas de l'ebook, comment cautériser pour empêcher qu'une nouvelle version surgisse ?