Espagne : après cinq années de crise, l'édition relève la tête

Nicolas Gary - 30.06.2015

Edition - Economie


Après cinq années de baisse, l’industrie de l’édition commence à voir le soleil. Sur l’année 2014, le chiffre d’affaires a dépassé 2,195 milliards €, soit 0,6 % de mieux qu’en 2013. Le signe d’une véritable reprise, estime la Federación de Gremios de Editores de España. Le regain d’énergie ne vient cependant pas des ventes directement faites au public. C’est notamment la hausse des manuels scolaires, qui avec 748,64 millions € pousse le marché, avec une croissance de 3,1 %. 

 

Libros en Español

Enokson, CC BY 2.0

 

 

Avec 78.508 ouvrages publiés, et un tirage moyen de 2886 exemplaires, pour des livres vendus en moyenne à 14,29 €, l’Espagne a passé le cap de l’année 2014 avec un certain soulagement. Son catalogue compte aujourd'hui 553.884 livres disponibles. Le monde de la jeunesse atteint 275,19 millions €, soit + 3 % de croissance, et les sciences sociales sont en hausse de 2,7 % à 236,63 millions €. 

 

Mais ce qui ressort des résultats fournis par la Federation, c’est avant tout l’explosion du livre numérique l’année passée. Avec une croissance de 37,1 %, l’ebook représente désormais 110 millions €, soit 5,1 % du chiffre d’affaires total. Si cette valeur ne semble pas si importante, il faut la mettre en parallèle avec le marché du livre de poche, qui, depuis ces cinq dernières années, n’a cessé de perdre des parts de marché. Et surtout, s’est rabougri, à vue d’œil.

 

En 2013, il représentait encore 176,6 millions €, contre 103 millions € en 2014. Et l’on est passé de 6001 titres publiés en 2010 à 3615, l’an passé.   

 

Mais le livre numérique est toujours frappé d’une TVA à 21 %, contre 4 % pour le papier, qui limite les ventes, et laisse craindre, chez les éditeurs, une recrudescence de la contrefaçon. Le prix moyen du livre numérique reste de 9,80 €. Si les ventes sont encore rares en matière de littérature, en dépit de l’engagement des éditeurs à fournir ce format, le secteur scolaire en a largement profité.

 

Sur l’ensemble du marché numérique, note Rosalina di Diaz, vice-présidente de la Fédération, 46 millions € proviennent toutefois de revenus de droit et d’économie. « Ces livres de recherche et de référence permettent une utilisation rapide, les étudiants sont très à l’aise pour travailler avec eux et comment ces contenus sont constamment en évolution, ils reçoivent des mises à jour gratuitement. »

 

Dans le même temps, la nouvelle législation sur le droit d’auteur, entrée en vigueur plus tôt cette année, n’a pas encore porté ses fruits, note Daniel Fernandez, nouveau président de la Fédération. « Ces derniers mois, nous avons fait fermer certains sites par l’application de la loi, et le piratage a tout d’abord décliné, par cet effet préventif. Mais nous avons fait peu de progrès. L’administration prend conscience que le problème est grave, mais les solutions sont si lentes à venir que personne ne sait si elles n’arriveront pas trop tard. »

 

« Pour sortir de la fosse, il faut arrêter de la creuser », assurait Daniel Fernandez. Mais il est vrai qu’après cinq années de pertes, toute envolée, même légère, devient un véritable souffle. Entre 2008 et 2013, l’édition aura perdu près d’un milliard d’euros de chiffre d’affaires. 

 

Les éditeurs attendent avec impatience que le ministre de la Culture, Inigo Mendez de Vigo, puisse répondre aux dernières demandes, susceptibles d’améliorer plus encore le marché. Il était notamment question d’obtenir le remboursement pour les familles achetant des manuels scolaires, ainsi que de mettre en place un plan pour le développer et encourager la lecture.

 

Reste que la tendance à la hausse pour l’année 2015 pourrait se confirmer. Lors de la fête de la San Jordi, dédiée au livre et à la lecture, on a assisté à une hausse de ventes de 6 % par rapport à l’année 2014, qui serait encourageante pour l’année en cours. (via Voz PopuliEl Pais)