L'ebook en Italie, un avenir prometteur selon les acteurs du numérique

Louis Mallié - 24.07.2014

Edition - International - Amazon - Antonio Tombolini - Italie


Dans un long entretien avec l'International Publisher Association, l'italien Antonio Tombolini, fondateur en 2006 de Simplicissimus, société développant des outils pour la production d'ebook, la distribution et le commerce, est revenu sur la place de l'ebook dans son pays. Si le marché est encore faible, celui-ci connait pourtant une croissance extrêmement forte, qui le rapproche du modèle américains d'il y a quelques années. Aussi, le champ d'action est large, l'avenir prometteur pour cet optimiste qui se définit comme un « plombier du numérique ».

 

 

Antonio Tambolini, via Biblionext

 

 

C'est en 2006 qu'Antonio Tombolini avait fondé Simplicissimus, société développant des outils pour la production d'ebook, la distribution et le commerce, devenant rapidement, avec plus de 30.000 titres, le plus gros distributeur d'ebooks du pays. En 2010, il a lancé une plateforme de distribution d'ebook intitulée STEALTH, qui permet aux éditeurs de gérer leurs ventes de livres numérique. Plus récemment, il a lancé l'élégante plateforme Narcissus.me, destinée à l'auto-publication. 

 

« De nos jours, les contenus sont de plus en plus liquides. Vous pouvez me considérer comme un "plombier numérique" : les contenus aspirent a s'écouler, et notre rôle est de leur permettre de la façon la plus efficace, d'aller des créateurs aux utilisateurs. » Ainsi l'entrepreneur définit-il son rôle. Si le marché de l'ebook approche seulement les  3 % du chiffre d'affaire total du livre en Italie - contre 4,1 % en France selon le SNE, 20 % au Royaume-Uni, et 30 % aux USA - celui-ci avoue sa confiance en l'évolution du marché. 

 

« Bien que le marché de l'ebook soit encore petit comparé à celui des USA, nous avons un modèle de développement particulièrement intéressant : ce qui se passe aujourd'hui est exactement ce qui s'est passé aux États-Unis il y a quatre ans. […] Pour la première moitié 2014, les ebooks ont représenté 6 % des ventes, et nous espérons que la valeur atteindra les 6 ou 7 % à la fin de l'année pour l'ensemble du marché - devenant ainsi un marché de 60 à 70 millions €, comparé aux 30 millions de 2013 et 11 millions de 2012. »

 

Et de mettre en avant une donnée surprenante : « Chez Simplicissimus, la valeur de nos ventes mensuelles a augmenté de 1500 % en 3 ans. » Une évolution bien prometteuse donc… Pour autant, Antonio Tombolini déplore l'attitude des grandes maisons d'édition du pays, selon lui trop réfractaires à l'avancée du numérique - quitte même à se laisser grever par celle-ci au lieu « d'exploiter ses opportunités ».

 

Tirer profit du numérique et ne pas se brouiller avec Amazon

 

Car pour lui, le numérique constitue un véritable renouveau pour le monde de l'édition, permettant, avec son modèle économique et les faibles coûts de production qu'il suppose, de se tourner vers des publications plus audacieuses, « avec plus de titres de plus d'auteurs dans plus de genres. [Grâce au numérique] ils peuvent expérimenter avec un très bas degré de risque. L'impression sur demande fera le reste, une fois qu'un ebook aura fait ses preuves. »

 

C'est donc la raison pour laquelle les éditeurs feraient mieux de ne pas se brouiller avec Amazon. Géant d'un autre domaine, il faut le laisser à d'autres concurrents du même registre. « Vous ne pouvez pas blâmer un acteur qui investit et créé le marché de l'ebook tel que nous le connaissons ! À la place de ronchonner et de se plaindre, les éditeurs devraient se demander : comment pouvons nous vendre des ebooks aux utilisateurs d'une façon complémentaires, laissant la compétition directe avec Amazon à d'autres acteurs tels qu'Apple, Google, et Kobo ? »

 

Et si Antonio Tombolini est donc un tenant du numérique « en première ligne » dans le champ de l'édition, il demeure néanmoins partisan du « bon vieux livre » - à savoir un texte écrit par un auteur, un point, c'est tout. Même si mêler les pistes audio à la lecture lui semble un « élément clef » de l'évolution des ebooks, celui-ci ne croit pas à d'autres types d'ornements et options : « Une fois que vous avez une vidéo, de l'interactivité, de la géo-localisation etc dans une histoire ce n'est plus un livre pour moi, c'est un vidéogramme ! »

 

Reste donc désormais à savoir si l'ebook italien continuera sur sa lancée, pouvant peut-être contrebalancer la tendance négative de l'économie de l'édition italienne, qui avait notamment enregistré un recul de 6,2 % de son marché l'an dernier.