L'ebook Harry Potter sans DRM : le chantage affectif, par Rowling

Clément Solym - 06.07.2011

Edition - Société - harry - potter - ebook


Ah, c'est certain, il y avait de la joie dans toute cette histoire de Pottermore : un site-livre interactif, pour redécouvrir l'univers de l'intérieur, en pareil, mais différemment. Le tout avec de la vente de livres numériques, enfin !

Et surtout, on souriait de toutes ses dents à l'idée que les livres soient commercialisés sans DRM. Bon, effectivement, c'est une vente exclusive, et il sera impossible de les acheter ailleurs. Que l'on soit éditeur ou revendeur, la sanction sera la même : Rowling reste maîtresse de toute la boutique. (notre actualitté)

Effectivement, Gallimard soulignait bien toute la difficulté de positionnement de cette décision. « Ce que je peux vous dire, c'est que pour nous, c'est quelque chose qui est problématique, pour l'éditeur de l'oeuvre. Une situation dont on ne voudrait pas qu'elle fasse école, très clairement, dans la mesure où l'édition est fondée, dans son principe, sur des systèmes de péréquations, et a fortiori, dans l'édition littéraire. Mais si l'on brise les éléments de cette péréquation, on met en péril, nécessairement, des équilibres de la création. » (notre actualitté)

 

 


Reste que l'on sait aussi que les fichiers seront watermakés. Et évidemment, pour lutter dans une certaine mesure contre le piratage.

Watermarking quesako ?

Il s'agit d'un tatouage numérique, qui par une simple introduction d'information, permet de donner à un fichier une origine - celle de son acheteur. Par ce biais, on peut évidemment viser l'introduction d'informations sur le copyright, toujours avec pour idée de différencier une copie d'une autre.

Plus populaire que le DRM, véritable contrainte exercée sur les fichiers et l'acheteur, le watermarking a pourtant soulevé une réflexion intéressante, une fois n'est pas coutume, apportée par un de nos lecteurs.

C'est que la mention d'une simple adresse email pose un cas de conscience. Effectivement, le watermarking n'empêche par le partage d'un fichier à un tiers, mais si le tiers décide de diffuser ledit fichier sur des réseaux de Peer to Peer, c'est vers l'acheteur originel que les ayants droit pourront se tourner.

C'est exactement le principe Hadopi : votre connexion internet est utilisée par une personne malveillante et qui télécharge des oeuvres contrefaites, tant pis pour vous. Puisque vous êtes détenteur de la ligne téléphonique, c'est vous qui recevez l'avertissement. De là découle le fameux logiciel de sécurisation, et ainsi de suite.

Du verrou à l'autocensure

Mais revenons donc à ce mouton de watermark. Effectivement, c'est une bonne chose, saluable dans tous les cas que l'on achète un fichier sans verrou, mais dans le cas présent, le frein exercé est plus pernicieux encore. Finalement, l'acheteur finirait par se censurer lui-même en redoutant que l'ebook qu'il a prêté ne finisse sur des réseaux pirates.

En fait, nous expliquait ce lecteur, il y a finalement plus à redouter encore de voir un fichier contenant un tatouage numérique, car il induit une nouvelle relation au livre. Que l'on m'empêche par un verrou de prêter, c'est une chose. Que s'exerce une pression qui va m'obliger à une forme de censure en est une autre.

De quoi retrouver assez facilement les préoccupations de Richard Stallman, qui dans une interview nous expliquait combien le livre numérique est une aliénation de la liberté personnelle. « Les livres numériques sont une menace aux libertés traditionnelles des lecteurs. Le meilleur exemple en est le Kindle, qui attaque les libertés traditionnelles. Pour acquérir une copie d’une oeuvre, le droit à l'anonymat, par le paiement en liquide par exemple, est impossible. Amazon garde trace de tout ce que les utilisateurs ont lu. » (notre actualitté)

Qui parlerait dans le cas de Rowling d'un chantage affectif à peine dissimulé ?