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L'écrivain chinois dissident Liu Xiaobo, Prix Nobel de la Paix, est mort

Antoine Oury - 13.07.2017

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L'écrivain chinois Liu Xiaobo, Prix Nobel de la Paix en 2010, est mort le 13 juillet 2017 à l'âge de 61 ans à Shenyang. Il purgeait une peine de prison de 11 ans pour « subversion », une condamnation prononcée le 25 décembre 2009. Un cancer en phase terminale lui avait été diagnostiqué en mai dernier, et son état s'était rapidement aggravé. Les autorités chinoises ont confirmé son décès.


Demonstrasjon for Liu Xiaobo
Manifestation pour la libération de Liu Xiaobo (Aktiv I Oslo.no, CC BY-NC-ND 2.0)
 

En juin dernier, Liu Xiaobo avait été placé en liberté conditionnelle pour pouvoir recevoir les soins nécessaires au traitement de son cancer du foie en phase terminale. La Chine avait encore refusé il y a peu les demandes d'extradition du dissident par la communauté internationale, l'autorisant seulement à sortir de sa cellule. Xiaobo devient le premier prix Nobel de la paix à mourir privé de liberté depuis le pacifiste allemand Carl von Ossietzky, décédé en 1938 dans un hôpital alors qu'il était détenu par les nazis, souligne l'AFP.

 

« Liu Xiaobo est une figure d’inspiration dont le seul crime fut de dire la vérité. Il n’aurait jamais dû passer un seul jour en prison, une injustice d’autant plus tragique que son cancer n’a pas été diagnostiqué avant d’atteindre sa phase terminale. Le Président Xi Jinping doit prendre la bonne décision et ordonner sa libération immédiate » exhortait il y a peu la secrétaire générale d'Amnesty international.

 

Né en 1955, de parents communistes et intellectuels, Liu Xiaobo subit avec sa famille les répercussions du Grand Bond en avant, notamment la famine. Après un exil avec sa famille en Mongolie-Intérieure, il revient dans sa province natale de Changchun en tant que peintre en bâtiment. 

 

Reconnaissant envers la révolution culturelle, qui lui fait découvrir Marx et lui permet d'entrer à l'université en 1977, Xiaobo se spécialise pendant ses années d'étude en littérature. En 1986, il entame un doctorat et commence à se forger une réputation de libre-penseur, volontiers provocateur, sur des sujets aussi variés que la littérature, le cinéma et, déjà, la politique. 

 

Xiaobo multiplie alors les interventions à l'international, et, à Hong Kong, concession britannique en 1988, il critique très sévèrement l'état de la Chine et son avenir sous le régime actuel. Il se présente comme un fervent partisan des politiques interventionnistes américaines, et soutiendra même George Bush dans l'offensive américaine en Irak.

 

Malgré sa présence à l'international, Liu Xiaobo restait très soucieux de la situation de la Chine : en 1989, en poste à la Columbia University de New York, il retourne en Chine pour participer au mouvement démocratique et sera présent lors des manifestations de la place Tian'anmen, ce qui lui vaudra d'ailleurs une condamnation.

 

Président du Centre chinois indépendant (PEN) de 2003 à 2007, Liu Xiaobo cosigne la Charte 08 en 2008, un manifeste qui réclame une réforme du système politique chinois, pour plus de démocratie. Le 8 décembre de la même année, il est placé en détention avant son procès, qui mènera à la condamnation qu'il purgeait encore au moment de son décès.

 

Liu Xiaobo est l'auteur de nombreuses publications, dont La Philosophie du porc et autres essais, publiés en 2011 chez Gallimard dans une traduction de Jean-Philippe Béja, et Vivre dans la vérité, recueil de textes traduits par Jean-Philippe Béja, Jérôme Bonnin, Hervé Denès, Guilhem Fabre, Marie Holzman, Geneviève Imbot-Bichet, Célia Lévi et Jean Lévi, toujours chez Gallimard, en 2012.

Amnesty international salue « l'homme d'une grande intelligence, doté de grands principes, d'une grande sagesse et, par-dessus tout, d'une grande humanité ». L'organisation précise que Liu Xia, épouse de Liu Xiaobo, est toujours assignée à résidence : « Nous devons tout faire pour faire cesser cette assignation et nous assurer qu'elle n'est plus persécutée par les autorités. »