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L’écrivain Dogan Akhanli, détracteur du président turc, finalement relâché

Bouder Robin - 21.08.2017

Edition - Société - censure turquie - écrivain journaliste turc - relations allemagne turquie


Dogan Akhanli n’est pas le premier écrivain d’origine turque à avoir été inquiété par la justice pour ses idées, et gageons que ce ne sera pas le dernier. Le président turc Erdogan a encore frappé, et montre que son pouvoir s’étend bien au-delà des frontières de son seul pays. Bien heureusement, l’Allemagne veille au grain, et a permis la libération conditionnelle de l’auteur, qui avait été arrêté en Espagne.

 

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Dogan Ankhali (Raimond Spekking, CC BY-SA 4.0)


 

Dogan Akhanli, écrivain allemand d’origine turque, avait été arrêté par les autorités espagnoles le 19 août dernier. Il avait été placé sous « notice rouge » par Interpol sur décision du président Recep Tayyip Erdogan : les idées d’Akhanli, auteur d’une trilogie sur le génocide des Arméniens, dérangeaient, semble-t-il. Il s’agit, selon les mots de l’avocat de l’écrivain, d’une véritable « traque ciblée contre les détracteurs du gouvernement turc vivant à l'étranger en Europe ».

 

Il avait d’ailleurs déjà été arrêté en 2010 à Istanbul, alors soupçonné de participation à un vol à main armée en 1989... Bien entendu, il est fort probable que ces interpellations régulières aient plus à voir avec des affaires politiques.

 

Quoi qu’il en soit, Akhanli a été libéré sous conditionnelle ce 20 août, et devra rester à Madrid le temps que la Turquie demande officiellement son extradition — une décision qu’elle devra justifier devant les autorités espagnoles. L’Allemagne, elle, est soulagée — en partie.

 

Angela Merkel est catégorique : « On ne doit pas abuser d’organisations internationales comme Interpol », commentait-elle à RTL. Et d’annoncer qu’elle n’hésiterait pas à appeler son homologue espagnol, Mariano Rajoy, si nécessaire. Après tout, il ne s’agit pas d’un cas isolé, mais bien d’« attaques » répétées...

 

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Actuellement, 10 citoyens allemands sont détenus en Turquie, dont Deniz Yücel, journaliste germano-turc, arrêté en février dernier. L’affaire Akhanli ne fait que confirmer ce que plusieurs politiciens allemands dénoncent depuis longtemps : « Ce serait une chose terrible si, même à l'autre bout de l'Europe, la Turquie réussissait à faire arrêter des gens qui élèvent la voix contre le président Erdogan », s’inquiétait Sigmar Gabriel, membre du SPD, après l’arrestation de l’auteur.

 

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En somme, les relations germano-turques ne sont pas près de s’améliorer... D’autant moins qu’Erdogan incitait récemment les citoyens allemands d’origine turque à ne voter pour aucun des 3 partis s’étant fermement déclarés en opposition avec lui-même, lors des prochaines élections législatives, le 24 septembre prochain : le SPD, les Verts et le CDU, dont fait partie Angela Merkel. 

Via BBC Türkçe