L'écrivain hongrois Imre Kertész, prix Nobel de littérature 2002, est décédé

Cécile Mazin - 31.03.2016

Edition - International - Imre Kertesz - prix Nobel - décès Hongrie


Imre Kertész, prix Nobel de littérature en 2002, est décédé à l’âge de 86 ans à son domicile de Budapest. Survivant du camp de concentration d’Auschwitz, il avait été vivement critiqué par le régime du Premier ministre Viktor Orban. L’écrivain s’était exilé en Allemagne depuis 2004 : il vivait alors à Berlin, loin de toutes les affaires politiques de Hongrie.

 

 

 

Le prix Nobel a été emporté par une longue maladie. Né le 9 novembre 1929, ses œuvres ont été traduites en différentes langues – en France, c’est Actes Sud qui fut son éditeur. 

 

En 1944, à l’âge de quinze ans, il est déporté à Auschwitz-Birkenau, puis transféré à Buchenwald, d’où il sera libéré en 1945. Après la guerre, il retourne vivre en Hongrie et découvre que toute sa famille a été exterminée. Il exerce le métier de journaliste à Budapest, mais il est licencié en 1951, lorsque le journal pour lequel il travaille est proclamé organe du parti communiste. 

 

À 25 ans, il découvre L’étranger de Camus et décide de devenir écrivain. Dès 1953, il se consacre ainsi à l’écriture, mais aussi à la traduction d’auteurs de langue allemande, tels que Nietzsche, Hofmannsthal, Schnitzler, Wittgenstein, ou encore Canetti. L’écrivain hongrois publie — dans l’indifférence générale — son premier roman en 1975, qu’il a commencé à écrire en 1963 (Être sans destin, Actes Sud, 1997). 

 

Pendant quarante ans, il vit avec sa femme dans un studio minuscule, en marge de la société hongroise. Il gagne sa vie en écrivant des comédies musicales, des pièces de boulevard et des traductions. 

 

Considérant qu’il est impossible de décrire Auschwitz, il réfléchit aux conséquences éthiques et humaines de cette période de sa vie passée dans les camps. « Je hais la peinture des horreurs. Ce qui m’intéresse, c’est la distance », explique-t-il. Refusant tout nationalisme, il se décrit comme un juif européen, et vivait avec sa femme entre Berlin et Budapest. 

 

En 2014, malgré ses mauvaises relations avec le pouvoir hongrois, il reçut la médaille de l’ordre de Saint Stephane, la plus haute récompense nationale. Cette récompense, réintroduite par Viktor Orban en 2011, avait été abolie en 1945. L’écrivain avait été encouragé à refuser cet honneur, chargé d’une histoire controversée.

 

Il fut promu en 2015 Commandeur de l’ordre des Arts et des Lettres par Fleur Pellerin, et publia la même année L’Ultime Auberge.

 

Œuvre inclassable, ce livre est une exploration des tréfonds de l’âme et de l’esprit d’un écrivain malade, aux prises avec les revers de l’existence autant qu’avec un pays d’origine abhorré. Entre confessions et réflexions, joies et souffrances, vie personnelle et vie publique, Kertész saisit le monde autant que lui-même, offrant un autoportrait de l’artiste au travail – un artiste réfractaire et toujours insoumis. L’Ultime Auberge, œuvre superbe et vertigineuse, prouve une fois de plus le talent d’un immense écrivain de renommée internationale. (traduit par Charles Zaremba et Natalia Zaremba-Huzsvai)