L'écrivain israëlien Yoram Kaniuk est mort

Lauren Muyumba - 10.06.2013

Edition - International - Yoram Kaniuk - Mort - Ecrivain


L'auteur israélien est mort d'un cancer à l'âge de 83 ans, samedi 8 juin 2013. Décédé au sein de l'hôpital Ichilov de Tel-Aviv (Israël), l'homme a émis son dernier souffle dans la ville où il a poussé son premier cri. Selon son propre souhait de donner l'intégralité de son corps à la science, Kaniuk ne recevra pas de funérailles. Auteur d'un mémoire, de nouvelles, d'essais et de romans jeunesse, ses livres ont été traduits dans une vingtaine de langues.

 

Yoram Kaniuk, Author

 

Salaam Shalom_CC BY 2.0

 

Dans son livre A la vie, à la mort (Fayard, 2011), il racontait les semaines passées dans la coma. Le bilan d'une vie engagée, d'espoirs politiques déchus, de l'amour de sa femme, de l'espérance portée par les médecins. Il écrivit son premier roman en 1960, The Acrophile, traduit en anglais.


Engagé politiquement au sein de l'Etat d'Israël, Yoram Kaniuk a été membre du Palmach, une force de combat durant la guerre pour l'indépendance en 1948. Il écrira d'ailleurs 1948, traduit en 2012, pour relater son expérience. Dans ses livres, il n'a pas hésité à utiliser l'humour noir ou la satire politique. Son travail a été décrit comme «l'écriture existentielle qui s'écarte du consensus israélien".

 

De nombreuses récompenses littéraires émaillent sa vie d'auteur, parmi lesquelles figurent le prix des Droits de l'Homme (France), le Prix Méditerranée Etranger, ou encore le prix Sapir de Littérature (Israël). Pourtant, il a fallu un certain temps pour qu'il soit accepté dans le domaine littéraire en Israël. Mais son côté anti-conformiste et critique a rapidement séduit les jeunes. Ce fervent défenseur de la démocratie redoutait de voir Israël devenir une théocratie.

 

"Une mémoire, une culture, une histoire"

 

Son père a été le premier conservateur du Musée d'Art de Tel-Aviv, sa mère était enseignante et son parrain était le poète Haïm Nahman Bialik. Yoram Kaniuk avait d'ailleurs reçu le Prix Bialik, décerné par la municipalité de Tel Aviv en l'honneur de la littérature hébraïque et créé en mémoire de son parrain.


Il aura baigné dans une diversité culturelle : une famille qui a émigré en Palestine au début du XXe siècle, une femme chrétienne, la découverte de la culture européenne suite à une blessure à la jambe pendant la guerre d'indépendance... Ses romans parlent de politique mais aussi de l'amour et des liens familiaux : Encore une histoire d'amour (Fayard, 1998), Mes chers disparus (Fayard, 1997).

 

Avec plusieurs cordes à son arc, l'auteur était aussi peintre, journaliste et critique de théâtre. Il a également parcouru le monde : après avoir vécu à Paris il est allé s'installer à New-York. Dans son roman Ma vie en Amérique, il plante un décor new-yorkais des années 50 avec ses allures de jazz. 


Celui qui a plaidé pour la séparation de l'Etat et de la religion, figurait depuis 2011 comme n'ayant "aucune religion" sur les registres d'état-civil, au lieu de "religion juive", suite à sa propre demande formulée à plus de 80 ans. Cela ne l'a pas empêché d'avoir "toujours aimé la religion juive comme une mémoire, une culture, une histoire". Il a écrit Adam ressuscité (Stock, 1980) et Dernier des juifs (Fayard, 2010) où il expliquait parler "des juifs, et non la société israélienne ; j'écris sur la blessure, pas sur la consolation".


L'année dernière, il a été nommé Officier dans l'Ordre des Arts et des Lettres de France.