Mia Couto : "Le Mozambique est un pays qui cherche à être une nation"

Julie Torterolo - 24.06.2015

Edition - International - Mia Couto - Mozambique - La confession de la lionne


« Je suis le résultat de contradictions profondes : je suis un scientifique qui écrit, un écrivain dans une société orale, un Blanc dans un pays d’Africains ». Une phrase évocatrice qui peut résumer à elle seule toute la particularité de l’auteur mozambicain, Mia Couto. De passage à Paris pour la promotion de son dernier livre, l’auteur se confie à l'AFP sur ce qui définit, pour lui, le Mozambique aujourd’hui. Un pays qui demeure le sujet de prédilection de l'écrivain, comme le témoigne son dernier ouvrage La Confession de la lionne (Éditions Metailié).

 

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(Anna T, CC BY-NC-SA 2.0)
 

Le Mozambique, ancienne colonie portugaise bordée par l’océan Indien, est à tort peu connu. Indépendant depuis 40 ans et tout juste sorti d’une guerre civile (1976 — 1992), ce pays africain en pleine fracture inspire. « Nous avons réalisé une sorte de miracle en trouvant la paix », explique l’auteur. Des mots empreints d'expérience. L’écrivain Mia Couto sait de quoi il parle. Droit dans ses convictions, il suspend ses études, durant la guerre d’indépendance (1964-1974), pour se rallier au Front de libération du Mozambique (Frelimo). 

 

Un pays à l’Histoire forte qui imprègne chaque livre de l’auteur. L’accordeur de silences (Edition Metailié, 2013) traite de la tyrannie qu’un homme exerce sur ses deux fils au fin fond du Mozambique, une situation bouleversée par l’arrivée d’une femme blanche.

 

De même dans son ouvrage La Confession d’une lionne (Edition Métailié, 2015), un roman inspiré de personnages réels et faits vécus par l’auteur en 2008 lors d’une mission scientifique. Le roman raconte les attaques incessantes de lions à l’encontre des femmes. Une manière de dénoncer l’oppression que connaissent les femmes dans son pays natal. Les œuvres de Mia Couto rapportent, avec son univers emprunt de poésie et d’imaginaire, les inégalités et peurs que connaissent les habitants dans son pays, sources de toutes les tensions.

 

« Le Mozambique est un pays qui cherche à être une nation, mais qui se heurte à une très grande diversité », relate-t-il. Et ce n'est pas peu dire, l'Etat compte 21 langues et diverses cultures et religions sur son territoire. Une diversité qui n'a pas assez été prise en compte. Selon lui, une des principales erreurs s'est produite lors de l'indépendance en 1975 où l'on a construit ce nouvel Etat sur « le modèle européen d’État unique centralisé ». 

 

Et d'ajouter : « C’était une violence silencieuse : nous avons oublié les énormes différences entre le monde rural et urbain, entre les gens capables de gérer la modernité et les autres. » Des analyses aussi pointileuses que sa prose, l'auteur de 59 ans, lauréat du prix Camoes, est à ce jour le Mozambicain le plus traduit et vendu à l'international.

 

Aujourd’hui, le Mozambique reste l’un des pays les plus pauvres du monde. Mia Couto revient sur la situation politique délicate qui touche le pays aujourd'hui. Le parti de l’ancienne rébellion de la résistance nationale du Mozambique, Renamo, a remporté plus d’un tiers des suffrages aux dernières élections de 2014, après des opérations de guérilla en 2012.

 

Pour Mia Couto, la présence d’armes dans le parti et la découverte de gisements de gaz offshore dans le pays sont autant de sources qui peuvent ramener la violence dans le pays. Soucieux de la fragilité de son pays natal, l’auteur conclut l'entretien avec ce qu’il sait faire de mieux, la maîtrise des mots : « Nous sommes optimistes sans espoir ou pessimistes avec espoir. »


Pour approfondir

Editeur : Metailie
Genre : litterature...
Total pages :
Traducteur : elisabeth monteiro rodrigues
ISBN : 9782864248996

L'accordeur de silences

de Mia Couto

" La première fois que j'ai vu une femme j'avais onze ans et je me suis trouvé soudainement si désarmé que j'ai fondu en larmes. Je vivais dans un désert habité uniquement par cinq hommes. Mon père avait donné un nom à ce coin perdu : Jésusalem. C'était cette terre-là où Jésus devrait se décrucifier. Et point, final.

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