L'écrivain Nicola Lagioia devient directeur du Salon de Turin : “Priorité aux jeunes”

Antoine Oury - 20.10.2016

Edition - International - Nicola Lagioia Italie - Salon livre Turin - lecture jeunes livres


ENTRETIEN – Lauréat du prix Strega en 2015, Nicola Lagioia a été nommé directeur de la Foire du livre de Turin, pour son édition 2017. Écrivain, il aura une lourde responsabilité, alors que se dessine dans le paysage italien, une autre manifestation, à Milan. – De notre envoyé à Francfort.

 

Nicola Lagioia - Frankfurt Book Fair 2016

Nicola Lagioia - ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Du 18 au 22 mai 2017, la ville accueillera donc son historique Salon du livre. Rencontré à Francfort, Nicola Lagioia, son directeur à peine nommé a pris le temps de répondre à quelques-unes de nos questions. Récemment nommé, le directeur insiste sur un point : l’Italie aime Turin et son salon, et c’est ce qu’il compte bien offrir au pays. 

 

Contacté par Massimo Bray, président de la Fondation qui pilote la manifestation, Nicola Lagioia semble avoir fait le consensus entre la Région et la Ville. Et tout cela s’est déroulé très rapidement. 

 

« Je voudrais que, durant les jours du Salon, Turin devienne une ville pleinement ouverte sur le monde grâce aux livres. Turin, au cours des dernières années, a porté une grande attention à la culture : je pense par exemple au Musée du Cinéma, au  Circolo dei Lettori [espace public dédié à la lecture, NdR], l’École Holden [établissement privé centré sur les arts, NdR], ainsi que ses nombreuses maisons d’édition indépendantes », nous explique le romancier.

 

« Donc, si tous ces acteurs font équipe, Turin deviendra un grand endroit, où il est possible de réfléchir à ce qui se passe dans le monde, à la culture, l’économie, les sciences, la politique, la philosophie. Pour ce faire, les livres sont des instruments précieux, parce qu’il n’y a pas d’autres endroits aussi confortables, aussi complets et accueillants que les livres, pour penser et comprendre le monde qui nous entoure. » 

 

Lui-même est originaire de la région des Pouilles (Bari), mais son expérience de la ville remonte à loin. Étudiant, il se rendit à Turin et finit par y trouver son premier éditeur, Minimum Fax. Son dernier ouvrage, La Ferocia, récompensé par le prix Strega, équivalent du Goncourt en Italie, est aujourd’hui publié chez Einaudi.

 

Sensibiliser les jeunes, pour reconquérir les lecteurs

 

Sa relation à la ville, et au Salon n’est donc pas neuve. Et ses intentions clairement tournées vers la jeunesse. « En Italie, les gens ne lisent pas beaucoup de livres, nous occupons les dernières places en la matière, dans toute l’Europe de l’Ouest. Donc nous allons commencer par sensibiliser les jeunes scolarisés, en partant des écoles, et tâcher de les impliquer de plus en plus », assure-t-il à ActuaLitté. « Priorité aux jeunes », un mot d'ordre.

 

L’idée de se voir confier cette responsabilité, précise-t-il, le contraint à la modestie. Le défi est d’envergure, et consistera à communiquer à travers toute la ville, en plébiscitant les différents partenaires, et les bonnes volontés. Et l’émergence d’un salon à Milan, Tempo di Libri ne l’inquiète pas outre mesure. « Je ne sais pas comment cela va se dérouler », lance-t-il en haussant les épaules. Etant donné que la manifestation prendra place à Rho, située à 25 km de Milan, les doutes son permis...

 

« De toute manière, je suis extrêmement heureux d’être impliqué dans le salon de Turin. C’est une ville merveilleuse, chargée d’histoire et si belle... » Armé de toute la meilleure volonté du monde pour réussir cette manifestation, il demande toutefois du temps : il faut constituer une équipe, envisager la programmation globale... « Je ne suis nommé que depuis une semaine », rappelle-t-il en souriant. « Je ferai le nécessaire pour convaincre, même les éditeurs qui veulent se rendre à Milan. »

 

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Dans tous les cas, le Salon veut accentuer les liens avec les librairies indépendantes de la ville, et les mettre en valeur. Faire resplendir le livre, la lecture, à travers Turin tout entière. Mais reste un point complexe : lui-même, en tant qu’auteur, a vécu un grand changement. Le rachat de RCS Libri par Mondadori implique que sa maison, Einaudi, appartient désormais au groupe de Marina Berlusconi. 

 

Aucun commentaire sur les déclarations parfois farfelues de la grande patronne... mais sur le rachat lui-même, il explique : « Il y a peut-être un problème d’indépendance pour ces maisons. Elles sont libres de publier les ouvrages qu’elles souhaitent, mais peut-être pas libres dans leur politique culturelle. » On sait d’ores et déjà qu’Einaudi sera présent à Turin – « comment pourrait-il en être autrement ? ». Mais du reste, Mondadori sera l’un des géants qui prendront part à la fête de Milan.

 

« Si les maisons sont limitées dans leurs choix culturels, alors c’est regrettable : une maison doit rester libre de prendre ses propres décisions, et pas uniquement dans le choix des livres à faire paraître. C’est tout l’enjeu, l’importance – et la beauté de ce métier », conclut-il.

 

Dans le courant de la semaine prochaine, a assuré Massimo Bray, la programmation de la manifestation devrait être connue. Les grandes lignes, au moins.