L'écrivain William Burroughs interdit de séjour en Turquie

Clément Solym - 06.07.2011

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Pas évident de contourner les obstacles turcs qui se posent à l'éditeur Sel Publishing, maison qui a décidé de publier La Machine molle de William Burroughs. C'est que le Code pénal national en vertu de l'article 226 met de sacrés bâtons dans les roues de l'éditeur.

Oh, la situation n'est pas inédite : mi-mai, nous évoquions déjà la situation de l'éditeur, qui se retrouvait confronté à une accusation pouvant lui coûter de la prison. La Machine molle, c'est une oeuvre qui ne passe pas du tout en Turquie, ou du moins, qui ne passe pas les critères de contrôle des bonnes moeurs. En fait, l'obscénité déclarée du livre fait qu'Irfan Sanci, l'éditeur, était averti de longue date que le livre ne passerait pas comme une lettre à la poste. (notre actualitté)

Rendez-vous devant la cour

Mais c'est une chose que de le savoir, une autre que d'avoir à se préparer pour la procédure judiciaire. L'éditeur et le traducteur de l'oeuvre sont ainsi assignés en justice pour avoir souhaité publier Burroughs.

Le soutien de l'Association internationale des éditeurs et de son directeur, Bjørn Smith-Simonsen n'y changera rien. Une décision « tout simplement hallucinante et décevante », considère-t-il, alors que l'Association réclame un acquittement immédiat pour les deux hommes.

L'article 226, on s'en souviendra, avait déjà frappé la maison, lorsqu'elle avait voulu publier Exploits d'un jeune Don Juan, d'Apollinaire. « Je suis sanctionné dans mon propre pays, mais je suis également gratifié par un prix international. Cette situation est tragique. De tous côtés, le livre d'Apollinaire, qui est une part du patrimoine culturel mondial, est jugé pour avoir blessé le public », expliquait l'éditeur. (notre actualitté)

Dans son communiqué du 5 juillet, l'IPA fait également valoir que la Turquie avait été condamnée l'an passé par la Cour européenne des droits de l'Homme, pour avoir violé l'article 10, justement en cherchant à censurer la publication de cette oeuvre en 1999.

Le fait qu'un nouveau procès soit intenté pour le roman de Burroughs n'est ni plus ni moins qu'une récidive. « Sanci est harcelé alors qu'il fait simplement son travail d'éditeur. À une époque où la liberté de publier se détériore à nouveau en Turquie, il est urgent de faire cesser ces pratiques et de laisser Sanci Irfan tranquille », conclut l'IPA.

Burroughs est décédé le 2 août 1997... Il ne s'était manifestement jamais rendu en Turquie.