“L'éditeur a un devoir vis-à-vis de l'auteur, le faire connaître” (Liana Levi)

Nicolas Gary - 11.05.2018

Edition - International - édition France Italie - Liana Levi éditions - salon livre Turin


#SalTo18 – La littérature française occupe une place de choix à Turin cette année : la 31e édition du Salon du livre fait la part belle aux auteurs, confrontant également le regard des éditeurs. Entre les deux pays, quelles collaborations, quel passé… et quel avenir ?

 


Marguerite Pozzoli, traductrice et responsable du domaine Italie chez Actes Sud, Liana Levi, fondatrice de la maison éponyme, Paolo Grossi, conseiller culturel auprès du Ministère italien des Affaires étrangères et directeur de l’Institut culturel italien de Bruxelles, Tommaso Gurrieri, fondateur des éditions Place de Clichy

 

Deux éditrices françaises, Marguerite Pozzoli et Liana Levi, deux responsables italiens, Paolo Grossi et l’éditeur Tommaso Gurrieri étaient réunis. Avec un constat paradoxal : si la France manifeste un intérêt particulier pour les auteurs italiens contemporains, elle méconnaît celles et ceux des années 50 ou 60. Or, c’est la tendance inverse qui s’observe en Italie. 

 

Depuis une quinzaine d’années, on observe un retour des traductions dans l’un et l’autre pays, mais avec encore peu d’auteurs connus. « La difficulté reste que nous avons un devoir vis-à-vis des auteurs : il ne suffit pas de publier leur livre, il faut le faire connaître », observe Liana Levi. Pour elle, la sensibilité française a changé à partir du début des années 2000. 

 

Pourtant, capter l’attention des libraires, et plus encore de la presse, implique un travail constant. « Parce que, comme le disait Jérôme Lindon, il n’y a rien de plus triste qu’un livre qui ne se vend pas », remarque-t-elle.

 

Étonnamment, pour Tommaso Gurrieri, la fin des éditions Barbès, qui a donné naissance par la suite à Clichy Edizioni, a rimé avec le retour d’un intérêt des lecteurs italiens pour la littérature française. « Nous publions Emmanuel Carrère, ou Claro, probablement l’un des meilleurs auteurs actuels. Et pourtant, nous souffrons toujours de cette image que traîne la France. »

 

Image ? Celle de textes d’autofiction, autocentrés, voire nombrilistes. Pire : d’intellectuels, « et l’on sait qu’en Italie, cette posture ne séduit pas vraiment ». Maylis de Kerangal ou Pierre Lemaître ne sont pas encore parvenus à effacer les années qui ont suivi le Nouveau Roman. « Et puis, il y a une époque où autour du cinéma, Français et Italiens travaillaient ensemble : cela a pu aider à mieux se connaître. »

 

Côté français, indique Marguerite Pozzoli, les livres d’Italiens que publie Actes Sud atteignent rarement les 6000 exemplaires vendus. « 100 000 exemplaires en Italie ne signifient pas que l’on connaîtra le même succès en France. En revanche, et je le ressens aussi quand je suis dans mon rôle de traductrice, on a la fierté d’avoir publié ces livres. »
 

Quand Hubert Nyssen, fondateur de la maison d’Arles, lui confie la responsabilité de choisir les textes italiens, l’éditrice renoue avec une passion personnelle. « Depuis quelque temps, notre nouvelle politique fait que nous publions moins d’auteurs… »

 

Depuis “Le Gang des rêves”,
l'incroyable aventure de Luca di Fulvio


Paolo Grossi relève un fait : entre France et Italie, les ventes de droits oscillent entre 1100 et 1600 titres chaque année. Or, pour les relations entre les deux pays, « la bande dessinée est devenue un passeport plus important que la fiction romanesque. Et tout d’abord, parce qu’elle permet de toucher un public plus jeune ». Le succès en France de Zerocalcare n’en serait qu’une démonstration de plus, si nécessaire. Sans parler de l’explosion du polar… »


Bao publishing
ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

Peut-être, relève Marguerite Pozzoli, que le lecteur français recherche par trop cette Italie éternelle, la version carte postale du territoire. Et de l’autre côté des Alpes, les lecteurs sont parfois séduits par des voix dissidentes, comme celle de Volodine que publie Clichy Edizioni. 

 

Dans tous les cas, une réalité persiste : « La France est une machine de guerre, qui investit pour valoriser ses œuvres à l’étranger, que ce soit pour la vente de droits, la promotion, la logistique », relève Paolo Grossi. Une démarche qui s’ancre dans l’ensemble de la chaîne, insiste Liana Levi : « En Italie, il y a moins de solidarité déjà au sein du territoire — comme peut l’incarner l’ADELC, cette association que financent les éditeurs, pour aider le secteur de la librairie. »
 

Clichy Edizioni : un amour particulier
pour la littérature française

 

Et l’éditrice d’insister : « Sans le Centre national du livre, de nombreux éditeurs indépendants ne parviendraient pas à survivre, privés des aides à la traduction par exemple. Tant que l’Italie ne suivra pas cet exemple, la situation restera difficile. » Le crédit d’impôt de 4 millions € accordé par le Sénat italien aux librairies est un bon pas : il faut poursuivre la marche.

 

Pour autant, tout n’est pas rose en France : « Notre fameuse rentrée littéraire », reprend Marguerite Pozzoli, « pose malgré tout un problème. Pour un grand groupe comme Actes Sud, ce sont autant de représentants qui vont présenter nos livres. Mais finalement, ne sont défendus que ceux qui ont déjà une chance. Certes, Millenium aide à publier d’autres livres plus confidentiels, mais la rentrée, c’est avant tout le risque pour un livre d’être noyé ».

 




Commentaires

Pas de commentaires

Poster un commentaire

 

grin LOL cheese smile wink smirk rolleyes confused surprised big surprise tongue laugh tongue rolleye tongue wink raspberry blank stare long face ohh grrr gulp oh oh downer red face sick shut eye hmmm mad angry zipper kiss shock cool smile cool smirk cool grin cool hmm cool mad cool cheese vampire snake exclaim question

Vous répondez au commentaire de

Cliquez ici pour ne plus répondre à ce commentaire

* Laisser vide pour ne pas reçevoir de notification par email de nouveaux commentaires.