L'éditeur qui fait la littérature : confiteor d'Aurélie Filippetti

Nicolas Gary - 09.02.2013

Edition - Société - Aurélie Filippetti - confession - Twitter


Après les singulières attaques lancées hier depuis son fil Twitter, il était raisonnable de croire que la ministre de la Culture n'allait pas se manifester de sitôt. Erreur. Voilà que quelques nouveaux messages sont partis vers 18h, toujours depuis le compte Twitter, et qui résonnent comme une intéressante introspection. Avec en toile de fond une forme de mea culpa. L'Acte 3 de l'exception culturelle, ou un pacte désireux d'enterrer la hache de guerre ?

 

 

 

 

 

Pour comprendre ce premier message, un peu d'histoire. Durant la réunion du SNE et suite à l'élection du nouveau président, Vincent Montagne, Aurélie Filippetti avait prononcé un discours, en marge duquel ActuaLitté avait pu l'interroger. C'est à cette occasion qu'elle avait prononcé la fameuse petite phrase, dans un contexte bien précis. Le voici dans son intégralité.  

 

« L'éditeur a un rôle éminent dans le processus de création. C'est une question passionnante. Et sans entrer dans un débat philosophique sur le processus de création, quand on écrit, chez soi, on a besoin d'avoir le regard d'un éditeur, pour venir sanctionner, dans le bon sens du terme. C'est-à-dire, donner le jugement d'un professionnel, sur le texte que l'on est en train de rédiger. Et sans cela, même si on se publie soi-même, et que l'on peut toucher un public au travers des réseaux, on n'a pas cette reconnaissance de se sentir écrivain. L'écrivain ne naît qu'au travers du regard de l'éditeur. Et moi je l'ai ressenti en tant qu'auteur : j'aurais pu écrire le même livre que celui que j'ai rédigé… si je n'avais pas eu Jean-Marc Roberts [NdR : patron de la maison Stock, filiale du groupe Hachette], le résultat n'aurait pas été le même. »

Une histoire de regard, d'accompagnement, de financement, de conseils. « Mais surtout, on a besoin de cette médiation, pour se reconnaître, soi-même, comme auteur, et pour savoir que son texte est vraiment un livre. » 

En effet, ainsi qu'elle aura pu l'expliquer durant son intervention devant les éditeurs, l'activisme de certaines entreprises, qui recherchent un contact direct avec les auteurs, « ne vise finalement que leur propre intérêt ». Et selon la ministre, « tous les textes ne sont pas des livres. C'est l'éditeur qui fait la littérature ». (voir notre actualitté)

 

Cette petite phrase avait d'ailleurs marqué Pierre Assouline, officiant alors à la République des Livres, le blog qu'il alimentait alors pour Le Monde. Et le journalsite d'en conclure : 

 

La petite phrase qui tue, c'est la dernière. Si nous sommes de ceux qui louent le métier d'éditeur comme étant indispensable à l'auteur, nous ne considérons pas pour autant que l'autoédition soit un mirage, un piège à fric, un miroir aux alouettes. Mais écoutez déjà monter la clameur du petit peuple des écrivains : si c'est l'éditeur qui fait la littérature, et nous alors, qu'est-ce qu'on fait ?

 

De là seraient donc parties nombre d'incompréhensions, de réactions passionnées, comme celle de Yal Ayerdhal dans les colonnes de ActuaLitté. 

 

Alors, je vous demande en vous paraphrasant, Madame la Ministre, puisque les auteurs sont « balayés, pas insultés, non, simplement omis » par les Wendel de l'industrie littéraire, où est passée votre « saine haine de cette bourgeoisie bleu-blanc-rouge » qui détricote le Code de la propriété intellectuelle pour faire valoir un droit d'éditeur en lieu et place du droit d'auteur, comme leurs semblables se sont employés, sous le régime de vos prédécesseurs au gouvernement,  à éradiquer les vestiges du programme du Conseil national de la Résistance ?

Ce sont les écrivains qui font la littérature.

J'attends, écrivait Zola.

Rien n'a changé. J'attends à mon tour. (voir notre actualitté)

 

D'autant plus que, toujours dans ce contexte, la loi sur la numérisation des oeuvres indisponibles venait d'être adoptée, le 1er mars 2012, contre la volonté des auteurs, et pour le plus grand profit d'éditeurs qui pourront donc jouir d'une nouvelle commercialisation honteuse. Et au travers d'un modus operandi qui, cela a été plusieurs fois démontré, est clairement anticonstitutionnel. 

 

 

Juste en passant...

 

Cette mise au point effectuée, on comprend mieux le retour de la ministre sur cette petite et fameuse phrase. D'ailleurs, il est à noter que les détestables relations que ActuaLitté entretient aujourd'hui avec le ministère de la Culture, découlent de ladite phrase, ainsi que cela nous a été confirmé. 

 

Et avant de rendre justice à la ministre, on se rappellera qu'hier, elle interpellait ActuaLitté en lui reprochant son manque de déontologie : découvrir qu'elle cite cette phrase, sans en citer la source, alors qu'elle promeut d'un lien un entretien publié dans un autre média, est assez malvenu.

 

Un partout, madame la ministre, balle au centre.

 

 

L'instance qui rassure l'auteur qui doute

 

Revenons à cette étrange confession 

 

 

  

 

 

On le constate, c'est plus l'auteure qui intervient ici, que la ministre : un changement de casquette pertinent, qui replace le débat sur un autre plan. Finalement, une auteure, ministre, parle aux auteurs, et théorise la fonction d'une « instance » dans le processus de développement de l'oeuvre. A cela, François Bon a su intervenir judicieusement, étant lui-même auteur, chez Seuil, et patron de la maison d'édition numérique Publie.net.

 

 

 

Restons réalistes : ce bref monologue ne change rien aux discussions sur les contrats d'auteurs, ne répond pas non plus à l'anticonstitutionnalité de la loi du 1er mars, et in extenso, ne résout rien. Il clarifie peut-être ce qui a été un mauvais départ. À vrai dire, l'heure tardive d'un samedi soir donne une certaine note romantique aux déclarations : nombre d'auteurs attendent désormais que ces belles paroles prennent un sens concret. 

 

On s'endormira avec cette idée. 

 

En attendant des lendemains qui (en)chantent.




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