L'éditeur répond à Trump : il faut qu'il “comprenne et applique la Constitution”

Antoine Oury - 09.01.2018

Edition - International - Trump censure - livre Trump - Trump Fire Fury


Depuis plusieurs jours, l'administration du président Donald Trump met toute son énergie dans un combat contre un livre. Fire and Fury, signé par Michael Wolff et publié par Henry Holt, filiale du groupe Macmillan, aurait pu être un livre de plus sur les frasques du président des États-Unis. Mais ce dernier a vertement critiqué l'ouvrage, et réclamé, par l'entremise de ses avocats, son retrait de la vente. Ce qui en a fait un succès. John Sargent, PDG de Macmillan, a expliqué dans un courrier pourquoi il ne ferait rien des demandes de la présidence.


Donald Trump
(Gage Skidmore, CC BY-SA 2.0)
 

« Je n'ai autorisé aucun accès à la Maison-Blanche à l'auteur de ce livre grotesque (en fait, je l'ai même éconduit plusieurs fois) ! Je ne lui ai jamais parlé pour ce livre. Bourré de mensonges, de caricatures et de sources qui n'existent pas. Jetez un œil au passé de ce type et observez ce qui va arriver à lui et “Sloppy Steve” [surnom “affectueux” donné par Trump à son ex-conseiller Steve Bannon, qu'il a aujourd'hui renié] ! » avait dénoncé le président Trump sur Twitter.

 

Plus qu'un message sur les réseaux sociaux, le président des États-Unis avait choisi l'intimidation pour empêcher la vente de Fire and Fury de Michael Wolff, un livre dont les premières pages, publiées dans la presse, révélaient quelques détails gênants des premiers mois de la présidence de Trump. Des anecdotes, comme le fait que Trump et son équipe n'aient visiblement jamais cru à son élection jusqu'au jour des résultats, ou le caractère vraiment pas facile qui serait celui du président...

 

Des faits, dont la véracité est parfois mise en doute, y compris par des détracteurs de Trump, qui gênent toutefois ce dernier au point qu'une lettre a été envoyée à l'éditeur Henry Holt, signée par l'équipe d'avocats de Donald Trump. « Mr. Trump vous demande donc de cesser et de renoncer immédiatement toute publication, communication au public ou diffusion du livre, de l'article ou de tout extrait ou résumé, à toute personne ou organisation, et de publier une rétractation complète et totale, accompagnée d'excuses à mon client, signalant que toutes les mentions et propos à son sujet dans le livre et l'article manquent de preuves et ne sont pas fondés », peut-on lire dans ce courrier, disponible en fin d'article. Steve Bannon, l'ancien conseiller de Trump, y est également cité pour ses contacts avec Wolff.

 

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La manœuvre d'intimidation a bien sûr été condamnée par l'ensemble des professions du livre, aux États-Unis, chacun rappelant que le premier amendement de la Constitution américaine prévoit la liberté d'expression... Si des éléments sont faux dans l'ouvrage et portent préjudice à Donald Trump, c'est à la justice d'en décider, à l'aide des preuves que les différentes parties pourront fournir.
 

La réponse ferme de l'éditeur

 

John Sargent, le PDG de Macmillan, maison-mère de l'éditeur Henry Holt, a fait parvenir ce 8 janvier un courrier aux salariés du groupe. « Jeudi dernier, peu après 7h du matin, nous avons reçu une demande du Président des États-Unis », commence Sargent. Comme on le sait, la réaction de la maison d'édition à cette demande aura été d'avancer la publication du livre, ce qui a aussi participé à son succès.

 

« Le président est libre de juger qu'une information est “fake” et de critiquer ouvertement les médias. Cela va contre les conventions habituelles, mais c'est constitutionnel. Mais une demande de cesser et de renoncer à la publication — un effort manifeste du président des États-Unis pour intimider un éditeur en interrompant la publication d'un livre important sur le fonctionnement du gouvernement — est une tentative de réaliser ce qu'on appelle la censure préalable. C'est quelque chose qu'aucun tribunal américain ne validerait, car c'est clairement inconstitutionnel », estime John Sargent. En réclamant la disparition du livre avant même de l'avoir lu — les avocats en réclament d'ailleurs un exemplaire dans leur lettre —, Trump aurait en fait aggravé son cas.

 

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Pour appuyer son analyse, le PDG cite plusieurs cas, et plusieurs décisions de justice, qui vont dans le sens d'un débat public ouvert et libre, quand bien même il serait dur avec le gouvernement en place et ses membres. « Il n'y a pas de questions à se poser. C'est un principe sous-jacent de notre démocratie. Nous ne pouvons pas rester silencieux. Nous n'autoriserons aucun président à réaliser, par l'intimidation, ce que notre Constitution lui interdit de faire devant les tribunaux. »

 

La dernière phrase de Sargent tombe comme une nouvelle critique du président Trump, d'ailleurs : « Et en tant que citoyens, nous devons exiger que le président Trump comprenne et applique le premier amendement de notre Constitution. »



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