L'éditeur US de Mein Kampf ne veut pas faire d'argent avec ce livre

Joséphine Leroy - 03.05.2016

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Plus de seize ans maintenant que Houghton Mifflin, qui publie le brûlot nazi Mein Kampf d’Adolf Hitler, transfère les bénéfices à quelques associations dédiées à la mémoire de la Shoah et de la Seconde Guerre mondiale. Installée à Boston, la maison avait fait le don d’une partie des bénéfices des ventes du livre à des associations spécialisées qui avaient utilisé les fonds comme compensation morale. Outils pédagogiques pour apprendre l’histoire de l’Holocauste, combat contre l’antisémitisme : les groupes choisis étaient dédiés à la mémoire de la Shoah. Cette année, la maison a décidé d’élargir la liste des bénéficiaires. Elle apportera du soutien à des associations qui défendent la tolérance en général. Mais accepter un soutien aussi pesant symboliquement en refroidit certains. 

 

Mein Kampf

(Kevin Wong / CC BY 2.0)

 

 

L’ouvrage avait été rédigé par le dictateur durant sa détention à la prison de Landsberg, après le putsch de la Brasserie. La première édition aux États-Unis date de 1933 par l’éditeur Hoyghton Mifflin. Entre 1979 et 2000, la maison d’édition gardait les bénéfices des ventes. Son directeur actuel, Andrew Russell, a refusé de donner le montant des bénéfices engrangés pendant cette période. Depuis seize ans, l’éditeur a fait le don de centaines de milliers de dollars à des groupes tels que the Anti-Defamation League, le Museum of Tolerance de Los Angeles ou encore l’association Facing History and Ourselves.

 

Mais cette année, la maison d’édition a fait quelque peu évoluer la politique mise en place vis-à-vis du pamphlet d’Hitler. La maison souhaite « promouvoir la tolérance plus généralement ». Andrew Russell a affirmé qu’une dizaine d’associations avaient déjà été approchées pour recevoir des donations, même s’il « ne serai [t] pas surpris que l’on refuse ce don ».

 

Le Boston Children Museum est pour le moment le premier à avoir publiquement refusé. Carole Charnow, sa directrice, a explicité les raisons de son refus : « Personnellement, j’ai senti que ce n’était pas juste. Ce n’est pas une décision rationnelle. » Mais elle pondère son refus en ajoutant qu’elle soutient l’initiative : « [...] Transformer le mal en bien en apportant du soutien à des associations qui promeuvent la tolérance religieuse et ethnique, c’est très beau. » 

 

Quid de la France ? 

 

En France, les considérations autour du statut juridique de l’ouvrage divisent. Officiellement, il est tombé dans le domaine public puisque 70 ans se sont écoulés depuis la mort d’Hitler en 1945. Comme la loi l’exige, le document est donc à disposition de tous. Seulement, pour certains, la diffusion de l’ouvrage serait dangereuse : elle influencerait des individus ou des groupuscules qui y verraient une légitimation de la violence, du racisme et de la xénophobie. L’édition, disponible sur Internet et parallèlement rééditée en papier, s’assortit d’un appareil critique important. 

 

Les éditions Fayard, qui avaient déjà publié le livre en 1938, ont annoncé, le 14 octobre 2015, la réédition de l’ouvrage pour l’année 2016. L’édition est traduite par Olivier Mannoni, sous l’œil attentif d’un comité d’historiens étrangers comme français qui travaillent à la rédaction de l’appareil critique depuis plusieurs années.

 

Sophie de Closets, directrice des éditions Fayard, avait indiqué que la maison reverserait les bénéfices de la parution à une association et qu’aucun profit ne sera tiré de la vente du livre. Sur Europe 1, face à Arlette Chabot, elle tentait en septembre de rassurer les auditeurs : « On ne va pas faire une politique commerciale agressive sur ce livre, il ne va pas s’appeler “Adolf Hitler : Mein Kampf” avec des lettres gothiques dorées, il n’y aura pas de tête de gondole, l’idée est de faire un travail scientifique volumineux destiné à un public d’étudiants, d’historiens. »

 

La directrice envisageait à l’époque de reverser les bénéfices au mémorial de la Shoah. 

 

Le livre ne paraîtra cependant pas avant 2018 : « On ne va pas le publier avant deux ans, on est en train de définir le dispositif éditorial, scientifique, institutionnel qui va entourer cette publication », précisait-elle. 

 

(via Boston Globe