L'édition, bientôt responsable de la légalité du bois utilisé pour les livres ?

Antoine Oury - 06.11.2018

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Appliqué depuis 2013, le Réglement Bois de l'Union européenne (RBUE) impose plusieurs règles pour lutter contre le commerce du bois illégal. Ainsi, les entreprises qui importent ou récoltent du bois ou des produits dérivés du bois à des fins commerciales doivent mettre en place un Système de Diligence Raisonnée pour s'assurer que le bois utilisé et ses dérivés ne proviennent pas de sources illégales. L'Union européenne veut étendre ce RBUE aux fabricants de livres, mais l'industrie de l'édition n'est pas très enthousiaste...


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(photo d'illustration, orange grove media, CC BY 2.0)
 
 

L'Union européenne, pour améliorer l'efficacité de son dispositif, entend l'étendre à d'autres industries qui utilisent le bois ou ses dérivés comme matière première : les producteurs de charbon de bois, de chaises ou encore d'instruments de musique sont pour l'instant exclus du périmètre du RBUE, tout comme les éditeurs. Après une évaluation, la Commission européenne a ouvert une consultation publique pour déterminer si le périmètre devait être étendu.

 

Copeaux comme cochons...
 

Par ailleurs, la Commission est « en train de réaliser une analyse d’impact afin d’examiner les modifications qui pourraient être apportées au champ d'application du règlement sur le bois », qui inclut une consultation publique de toutes les parties prenantes.

 

Parmi ces parties prenantes, on retrouve donc les éditeurs, qui ont donné leur avis dans cette consultation organisée entre le 29 janvier et le 24 avril derniers. Le Syndicat national de l'édition, qui représente 670 éditeurs français, et en particulier les plus importants en termes de chiffre d'affaires, assure bien sûr que le périmètre actuel est suffisant pour atteindre les objectifs recherchés par le Règlement Bois et s'oppose à toute extension de celui-ci aux livres.

 

Individuellement, les éditeurs ne se sont pas passionnés pour la question : seule la maison Dargaud a donné un avis, par ailleurs similaire à celui du SNE. La Fédération européenne des éditeurs (FEE) estime aussi, dans sa réponse, que le périmètre actuel est suffisant, mais, curieusement, ne sait pas si celui-ci doit être étendu à d'autres industries et producteurs.

 

Le Börsenverein des Deutschen Buchhandels, équivalent allemand du SNE, délivre un avis similaire à celui de la FEE, et c'est à peu près tout pour les avis de l'édition européenne.

 

Les imprimeurs européens lésés ?

 

Face à l'édition, deux types de répondants tiennent un discours radicalement différent. D'un côté, on trouve un certain nombre d'ONG et associations de défense de l'environnement, dont WWF, ClientEarth ou encore Greenpeace. Évidemment, ces organisations incitent la Commission à étendre le périmètre du Règlement Bois, pour que plus de producteurs soient concernés par la nécessaire attention à la légalité des sources. Les enquêtes récurrentes de ces ONG – celle du WWF sur la littérature jeunesse, dernièrement – motivent leurs avis.

 

On trouve aussi des sociétés du secteur des papiers graphiques, comme l'Union des Industries des Papiers, Cartons et Celluloses (COPACEL), qui recommande une extension aux produits de l'édition, ou Intergraf, la Fédération européenne de la communication imprimée et numérique, qui indique être du même avis.

Cette dernière explique : « L'industrie européenne de l'impression souffre de la non-inclusion des produits imprimés [au RBUE]. Bien que les produits imprimés ne sont pas couverts, les papiers achetés par les imprimeurs européens le sont. [...] À l'inverse, les produits imprimés importés sur le marché n'entrent pas dans le périmètre du RBUE et peuvent en conséquence provenir d'exploitations forestières illégales. »

 

Selon Intergraf, c'est donc le marché de l'impression tout entier qui se retrouve touché, au détriment des imprimeurs européens : un imprimeur hors UE pourra fournir un papier à moindre coût, mais issu de sources illégales, à des clients. L'intégralité des réponses est à cette adresse.

 

Une obligation « lourde » et « surdimensionnée »

 

Contacté par ActuaLitté, le Syndicat national de l'édition réaffirme sa volonté de conserver le livre hors du périmètre du règlement bois. « En effet, en cas d’inclusion des livres dans le champ d’application, les éditeurs mettant sur le marché européen des livres importés ou imprimés hors de l’Union Européenne, seraient dans l’obligation de mettre en place un système de diligence raisonnée. Cela concernerait principalement la production de livres illustrés et notamment d’albums de jeunesse imprimés en Asie ou hors UE », note le SNE.

 

Le syndicat note par ailleurs qu'une étude récente de WWF n'avait relevé « aucune trace de bois d’origine illégale dans les livres analysés » : la même étude signalait cependant les risques associés à l'impression en Asie, qui représente 3,9 % en moyenne du nombre de titres entre 2006 et 2016 et 14,1 % des titres Jeunesse sur la même période. Ces pays d'impression sont également très prisés pour les livres de jeux et divertissement, ainsi que les ouvrages pratiques, comme la cuisine. Par ailleurs, l'ONG avait souligné des problématiques de transparence et de certifications liées aux imprimeurs asiatiques.

 

L'édition répond au WWF : le livre jeunesse
n'abîmerait pas les forêts

 

Pour le SNE, le système de diligence raisonnée imposée aux producteurs par l'Union européenne « est extrêmement lourd, complexe et surdimensionné par rapport au cœur de métier de l’éditeur ». Selon le syndicat, qui rappelle que la plupart des maisons d'édition sont des PME, la mise en place de la diligence raisonnée « causera du tort aux petites et moyennes maisons d’édition – notamment de jeunesse ». Le SNE assure que le nombre d'intermédiaires entre récolte du bois et fabrication de la pâte à papier est tel que le suivi des modifications est impossible.

 

Enfin, les éditeurs assurent que l'utilisation de papiers certifiés et que le développement de solutions collectives sont plus efficaces pour améliorer le niveau de traçabilité des papiers utilisés.

 

Le choix de la Commission européenne quant au périmètre de l'extension du règlement bois devrait être connu à la fin de l'année 2018.




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