L'édition britannique, pas assez diversifiée, voire "monoculturelle"

Antoine Oury - 21.04.2015

Edition - Société - édition britannique - diversité - Society of Authors HarperCollins


Un récent rapport commandé par l'agence d'auteurs Spread the Word a fait du bruit dans l'édition britannique Writing the Future : Black and Asian Writers and Publishers in the UK Market Place s'intéressait à la diversité et à la représentation des différentes ethnies de la population dans l'édition contemporaine. Le bilan est quelque peu catastrophique.

 

 

all is white

L'hiver de l'édition, essentiellement blanche (Magdalena Roeseler, CC BY 2.0)

 

 

Pour constituer l'étude, des auteurs, agents et des maisons d'édition indépendantes et mainstream ont été interrogés. 84 % des éditeurs et 97 % des agents estiment à ce titre que l'édition est « peu diversifiée » ou « pas diversifiée du tout ». Comme son titre l'indique, le rapport se concentre sur la place des auteurs noirs et asiatiques dans l'édition britannique.

 

Interrogés, ces derniers affirment « ressentir une pression pour fournir 'un certain type d'ouvrages', conformes à une perception blanche de ce qui est 'authentiquement' noir ou asiatique ». Autrement dit, l'origine et la couleur de peau détermineraient les sujets sur lesquels certains auteurs pourraient s'exprimer. Une conception qui favorise évidemment toutes les formes de stéréotypes, voire de racisme.

 

Danuta Kean, la rédactrice du rapport, s'alarme d'une édition « ancrée dans le XXe siècle, de plus en plus déphasée avec le XXIe siècle ». 

 

The Society of Authors, organisme porteur de la voix des auteurs au Royaume-Uni, a déploré cet état de fait : « Les résultats de ce rapport ne seront une surprise pour personne dans l'industrie, mais ils n'en restent pas moins préoccupants », souligne Nicola Solomon, directrice exécutive de la SoA, auprès du Bookseller. « La littérature devrait rendre compte de la diversité au sein de la société, et même aller plus loin. [...] Une industrie de l'édition qui ne rend pas compte de la société dessert les auteurs, les lecteurs et elle-même. »

 

Le groupe HarperCollins signale qu'il a lui aussi pris en compte les résultats de cette étude, et met en avant son catalogue éditorial, ainsi que le format numérique, qui permet de mettre en avant plus d'auteurs — et de toucher plus de lecteurs.

 

Pour changer cet état de fait, le rapport recommande d'injecter de la diversité, avant tout, au sein des maisons d'édition, et ce en améliorant les conditions des travailleurs précaires : la fin des stages non rémunérés, et une hausse des rémunérations pour attirer des diplômés de milieux moins favorisés.

 

On attend toujours un rapport semblable pour l'édition française.