Brooke Warner, auteure des ouvrages Green-light Your Book: How Writers Can Succeed in the New Era of Publishing (She Writes Press, 2016) et What’s Your Book ?: A Step-by-Step Guide to Get You from Inspiration to Published Author (She Writes Press, 2012), est aussi éditrice chez She Writes Press et SparkPress. Pour elle, l’industrie du livre, dans son fonctionnement actuel, contribue grandement à la déforestation et laisse une empreinte écologique catastrophique. 

 

(Dikshajhingan, CC BY-SA 4.0)

 

 

« En tant que fondatrice d’une maison d'édition hybride [ses maisons d’édition sont tournées vers une économie plus durable, NdR], je suis très préoccupée par le rôle joué par l’industrie de l’édition dans la déforestation et le changement climatique », souligne-t-elle dans une tribune publiée par Publishers Weekly. « Malgré la révolution numérique, le papier est roi. Notre industrie a besoin de papier pour survivre, et la déforestation contribue au réchauffement climatique. » En 2015, elle abordait déjà le sujet dans une tribune publiée par le Huffington Post US. Elle écrivait : « L’édition propose plus de livres chaque année, plus de stocks et plus de papier, ce n’est pas un comportement durable ». 

 

Comme indiqué par Green Press Initiative, plus de 20 millions d'arbres sont utilisés pour la production de papiers de livres et environ 95 millions d'arbres sont utilisés pour la production de papier journal chaque année. Aussi, plus de 40 % de la récolte de bois industriel mondial est utilisé pour fabriquer du papier.

 

Un argumentaire qui se reflète dans un récent rapport publié par le Book Industry Environmental Council. Il a été prouvé que les efforts que réalise l’industrie du livre pour améliorer son rapport à l’environnement doivent encore faire face à de nombreux obstacles, complexes, à surmonter.

 

L'organisme a ainsi constaté que depuis 2014, chacun note une diminution significative de la quantité de papier recyclé par rapport aux années passées. En 2014, 12 % du papier était issu de contenus recyclés, en diminution de 22 % par rapport à 2012. Les éditeurs indiquent à 82 % qu’ils ont utilisé la même quantité de papier recyclé en 2015 qu’en 2014, et seuls 18 % ont augmenté cette matière. Du côté des imprimeurs, 75 % estiment utiliser plus de papier recyclé en 2015 contre 25 % qui sont restés sur les mêmes quantités. 

 

L'impression à la demande, solution contre les impressions « inutiles »​?

 

Cependant, Brooke Warner propose des solutions, non pas en demandant intimement aux maisons d’édition d’arrêter de publier des livres papier, mais leur proposant de se tourner vers l’impression à la demande, malgré la hausse des coûts d’impression pour ce type de publications. « Il y a deux ans, je pouvais imprimer 500 unités en me servant de l’impression à la demande, à un coût plus intéressant par unité que ce que l’impression offset me proposait, mais ce n’est plus le cas », déplore-t-elle. Ce mode d’impression numérique permet d’imprimer à faible tirage des ouvrages, permettant par exemple de réduire le nombre de livres invendus, afin de ne répondre qu’à la stricte demande. 

 

HDR Espresso Book Machine

L'Espresso Book Machine, une machine permettant d'imprimer des ouvrages à la demande (Politics and Prose Bookstore, CC BY-SA 2.0) 

 

 

« L’impression à la demande est méprisée par l’industrie. Les libraires, les critiques, et d’autres acteurs de l’industrie du livre considèrent que l’impression à la demande peut être un euphémisme pour l’autopublication. À cause de cette stigmatisation, les éditeurs qui souhaitent provoquer un impact dans l’industrie seront orientés vers l’impression offset. »

 

« Alors que je voulais principalement éditer grâce à l’impression à la demande, j’ai été poussé par des pressions économiques, ou émanent de l’industrie et des auteurs, pou faire de l’impression offset, 95 % du temps […] Ingram [grossiste en produits technologiques au niveau mondial, NdR] propose la technologie, les systèmes et la capacité d’imprimer des livres à la demande afin de les mettre sur le marché en un temps record, mais cela ne suffit pas pour les librairies. » Brooke Warner leur reproche, entre autres, de ne pas se lancer dans la commande de livres imprimés à la demande, car ils estiment que le stock ne sera pas suffisant pour répondre aux attentes de leurs clients. 

 

Or, « les petits éditeurs comme nous sont obligés d’imprimer plus d’unités que nous n'en vendrons, afin de répondre aux besoins d’une poignée de libraires qui organisent des événements pour nos auteurs. Ce système doit changer, et cela doit commencer par la déstigmatisation de l’impression à la demande »

 

Une technique qui existe en Île-de-France

 

L’entreprise Orsery mise, depuis 2013, sur un modèle simple : elle caresse le rêve d’installer une machine fabricant des ouvrages directement dans les points de vente. Selon Christian Vié, le président d’Orsery « la surproduction dans les tirages de livres réduit la marge sur les ventes, et diminue les prises de risques. Imaginer une machine présente dans les librairies permettrait de diminuer les tirages initiaux, en étant assuré de pouvoir fournir les clients, sans avoir besoin d’effectuer de commandes ». 

 

Cependant, l'implantation en librairies d'une telle machine coûte 250 € HT par mois, avec un chèque de caution de 15.000 € (encaissés), malgré un coût de production des ouvrages relativement faible (aux alentours de 8 € l'unité). Orsery ne possède pour l’instant qu’une machine, une Ricoh Pro C901 installée à Viroflay. Le coût d’une machine s’élève à 80.000 € et qu’il faudrait vendre 6000 livres par an — soit une trentaine de livres par jour, sur 200 jours — pour être rentable. 

 

Dans le Quartier latin, à Paris, les Presses Universitaires de France ont installé l’Espresso Book Machine, une grosse imprimante permettant de produire un livre de 220 pages en moins de 10 minutes dans leur librairie. 

 

Avec 5000 titres à son catalogue — dont 400 du catalogue Que Sais-je ?, la machine propose des services intéressants. « Le temps d’un café, ou d’une rencontre avec un auteur, chacun peut fabriquer et acheter son livre parmi le catalogue des titres disponibles du fonds et des nouveautés du PUG, au prix et au format habituels — avec une personnalisation possible » explique Frédéric Mériot, directeur général de la maison les PUF. Il avait à l’époque expliqué que le coût de revient pour l’impression d’un certain type de livre — les ouvrages à faible rotation, par exemple — pouvait même être plus attractif à réaliser. « En incluant le coût des invendus, du pilon et de toutes ces choses qui amputent la rentabilité d’un livre, l’impression à la demande offre de multiples perspectives », indiquait-il.