L'édition en Suède, où le livre s'écoute presque autant qu'il se lit

Antoine Oury - 30.04.2019

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Le Bureau International de l'Édition Française (BIEF) a consacré une étude à l'édition en Suède, qui souligne d'emblée la bonne santé du marché du livre dans le pays, où l'adoption des formats numérique et audio va bon train. Les indicateurs de production et vente sont en hausse, en particulier grâce à ce dernier format, qui représente en 2018 pas moins de 20 % des ventes de livres...

Swedish Publishers - Frankfurt Buchmesse 2015
Stand des éditeurs suédois à la Foire du Livre de Francfort (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)


Les Suédois sont indéniablement de grands lecteurs : selon une étude de 2015, 84 % de la population de 9 à 79 ans a lu ou écouté un livre l'année passée. Comme dans d'autres pays européens ou occidentaux, les nombres de lecteurs et de livres lus sont à la baisse, en raison de la concurrence d'autres loisirs, mais les chiffres n'ont rien d'alarmant.

Toute la nuance réside dans ce « écouté » : les Suédois sont particulièrement friands de livres audio. Ces derniers représentent 23 % du total de 7452 nouveaux titres publiés en 2018 (en légère hausse par rapport à 2017). Sur ce même chiffre, 2987 ouvrages sont des romans (soit 40 % de la production annuelle des éditeurs), 1 811 des livres jeunesse (24 %) et 2 654 de la non-fiction (36 %).

Du côté des chiffres de vente, on constate bien sûr l'explosion du livre audio en téléchargement, qui laisse loin derrière livre audio physique et livre numérique.



Preuves de cette popularité du livre audio en Suède, il représente 20 % des ventes de livres en 2018, avec 96 % de ce chiffre d'affaires réalisés par l'intermédiaire de plateformes de streaming. Il faut d'abord compter avec le leader, Storytel (qui a racheté Norstedts, deuxième groupe d'édition suédois), puis Bookbeat (la plateforme maison du premier groupe d'édition suédois, Bonnier) et un outsider, Nextory.

« En mai 2018, entre 400.000 à 450.000 personnes disposent d’un abonnement mensuel à un tel service, pour lequel elles paient souvent 169 couronnes par mois (16 €) », précise le BIEF, qui souligne que « les investissements et les coûts de production de livres audio sont rapidement amortis » par les volumes d'écoute en streaming. A priori, les offres proposent une écoute illimitée, mais, dans les faits, les auditeurs sont bien sûr limités par le laps de temps qu'ils peuvent consacrer au livre audio.



En 2018, le chiffre d’affaires de l’édition suédoise est estimé à 1,875 milliard de couronnes suédoises, soit 178 millions €, en hausse de 5 % par rapport à 2017. En volume, le nombre total d’exemplaires vendus est en hausse : toutefois, prévient le BIEF, « le nombre d’exemplaires vendus pour chaque titre est depuis quelques années en baisse (2 600 exemplaires vendus par titre en moyenne en 2017) ».
 
Le prix des livres a légèrement augmenté, remarque l'étude du BIEF, dans un pays où les tarifs sont libres.



Les livres les plus prisés de ces dernières années, en Suède, sont des thrillers et des polars, devant les ouvrages de développement personnel et des titres jeunesse. Le BIEF signale une tendance inédite, le succès d'ouvrages lus uniquement en anglais, écrits par des auteurs étrangers et parfois non anglophones, comme le cas du Capital au XXIe siècle de Thomas Piketty...

Les livres pratiques, surtout de cuisine, les ouvrages historiques et biographiques, eux, marquent le pas et voient leurs ventes baisser. 

Du côté des échanges internationaux, après la grande vague des romans policiers venus de Suède, l'édition a connu un petit revers : le marché de la traduction a été évalué, en 2018, à 340 millions de couronnes suédoises (soit l'équivalent de 32 millions € environ). En 2018, les éditeurs suédois ont publié 2165 traductions, dont 1263 romans, 469 livres jeunesse et 433 livres de non-fiction. Parmi ces ouvrages, 128 titres sont issus d'éditeurs français, majoritairement des bandes dessinées (59 titres), puis des romans (44), des essais (10), des livres jeunesse (7), des sciences humaines (6) et des livres de spiritualité (2).

L'étude du BIEF est signée par Lasse Winkler, traduite par Arabella Cruse et coordonnée par Clémence Thierry.


Commentaires
Ecouter un livre, pour moi,n'est pas le lire. La lecture c'est une appropriation -bien que le terme ne soit pas seyant- rendue impossible par l'écoute.On "entre" dans un récit (ou on n'y entre pas, alors on abandonne). De plus celui (ou celle)qui "lit" adopte des intonations qui peuvent se situer à des lieues de ce que perçoit l'auditeur.Bref, ne plus pouvoir lire a conduit Henri de Montherlant au suicide. Aurait-il survécu en "écoutant"?
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