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L'édition espagnole : entre piratage et ventes d'ebooks, les choix

Nicolas Gary - 11.08.2014

Edition - International - Espagne livres - numérique lecteurs - librairies internet


Ce sera la lecture de l'écran, prenant une place dans le monde de la lecture de la page-papier. Pour l'édition espagnole, comme pour le reste du monde, il faut réfléchir aux nouveaux usages, les accrocher et proposer des contenus idoines. Que les nouveaux canaux de vente s'appellent Amazon ou Apple, que la prescription devienne Twitter ou Facebook, reste qu'il faut toucher les lecteurs. Toujours.   

 

Diada de Sant Jordi

La Sant Jordi, ou l'opération Un livre Une rose

Francesc_2000 CC BY SA 2.0

 

 

Très loin encore du monde éditorial américain, l'industrie du livre en Espagne montre des signes évidents de transition. En 2011, le monde anglo-saxon dépassait les 20 % de ventes réalisées par les livres numériques, aux États-Unis, contre 11 % au Royaume-Uni. Les chiffres sont toujours, en Europe, autour de 1 à 3 %, sans que cela n'autorise à négliger les mouvements de fond. 

 

Un rapport de la Gremio de Editores de España indiquait que, début 2013, 9,7 % des Espgnols disposaient d'un lecteur ebook, et que ce mode de lecture avait quintuplé depuis 2010. Durant le premier semestre de l'année 2013, les téléchargements d'ebooks avaient augmenté de 100 % en regard de la même période sur 2012. Au point que les parts de marché de l'ebook espagnol avoisineraient 8 %, et qu'on les prédisent à 15 % l'an prochain. 

 

Nettement au-dessus de la moyenne européenne.

 

Les labels numériques fleurissent, les réseaux sont de plus en plus occupés, et la commercialisation des livres numériques se professionnalise de plus en plus. Idoi Moll, directeur des éditions Alba, assure : « La vente d'ebooks nous apporte un revenu supplémentaire, mais en aucun cas on ne survivrait avec elle. D'un point de vue pratique, c'est un supplément de travail pour l'éditeur, et par conséquent, un coût plus élevé. » 

 

Simple : à partir d'un texte, on dispose de deux produits, imprimé et numérique, et deux stratégies de communication à mettre en place. Donc deux modes de commercialisation, si l'on veut bien faire les choses. Et s'assurer d'un minimum de réussite pour les deux formats. 

 

D'un autre côté, et c'est l'un des grands combats de José Manuel Lara, PDG du grupo Planeta, la TVA sur les livres numériques entrave le développement du marché. Taxés à 21 % contre 4 % pour les livres physiques, on ne peut espérer d'explosion, tant que les maisons devront appliquer cinq fois le montant de TVA sur leurs prix publics. 

 

Or, dans le même temps, auteurs et éditeurs redoutent le piratage, à raison, si l'on se fie aux chiffres officiels. Selon les estimations, seuls 32 % des livres numériques en espagnol seraient téléchargés légalement. Tout en soulignant qu'il existe des ouvrages, dont ceux entrés dans le domaine public, qui restent gratuits en téléchargement. 

 

Et si les librairies sont tout aussi protégées qu'en France, de par l'instauration d'un prix unique du livre, les grandes firmes internationales n'en sont pas moins sur les dents. La décote maximale est de 5 % pour les ouvrages, mais la concurrence reste grande - et dangereuse pour les petits commerces. Et les acteurs du net savent comment opérer par concentration, pour détenir, à terme, les clefs du marché... (via La provincia)