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L'édition et le marché du livre en Europe : panorama du secteur

Clément Solym - 30.03.2017

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À l’occasion de son 50e anniversaire, la Fédération des éditeurs européens vient de communiquer une brochure présentant le secteur du livre en Europe. Faits et chiffres s’accumulent dans un document résultant des informations communiquées par ses membres.

 

Euro Sign

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

L’importance économique et culturelle de l’édition de livres apparaît évidente à la lecture des données fournies. Avec un chiffre d’affaires compris entre 22 et 24 milliards € annuels, pour une valeur marchande de 36 à 40 milliards €, le secteur est dynamique. L’Europe compte d’ailleurs entre 6 et 8 des dix plus grands groupes d’édition au monde.

 

Près de 150.000 personnes sont employées en Europe par des maisons d’édition, avec près d’un demi-million d’emplois dans l’ensemble de la chaîne de valeur (auteurs et revendeurs inclus). Si l’on adjoint les imprimeurs, les secteurs liés à l’édition, ainsi que la fabrication, on compterait entre 600 et 700.000 emplois.

 

Plus de 500.000 nouveaux ouvrages sont publiés chaque année dans les 24 langues officielles de l’UE.

 

Les influences majeures, au cours des dix dernières années, se retrouvent facilement : d’un côté, la crise économique connue en 2008 et l’émergence du livre numérique. « Nous espérons, après un retour à la croissance en 2015, qu’une tendance à la hausse peut être retrouvée », assure Henrique Mota, le président de la FEE.

 

D’autant que la crise économique n’aura pas eu sur le secteur des retentissements aussi considérables que dans d’autres domaines. Si les effets ont été différemment ressentis selon les États, dans son ensemble, le marché de l’édition se serait toutefois maintenu.

 

L’apparition du format numérique en 2007 a « provoqué des transformations profondes dans le secteur, ainsi qu’une large série de défis et d’opportunités. Les ventes de livres numériques, stimulées par les développements technologiques, ont décollé à une vitesse remarquable », poursuit le président. Mais de noter que les prédictions de mort du livre papier « ne se sont pas accomplies ni ne sont près de devenir une réalité ».

 

Mais au-delà des analyses quantitatives, Henrique Mota entend avant tout souligner que l’industrie du livre ne repose pas sur du chiffre d’affaires ou des titres publiés : ce sont les lecteurs qui sont au cœur. Raison pour laquelle le document propose une lecture de leurs usages et habitudes. L’évolution de la consommation des ménages, les achats sur internet, et bien d’autres sont passés en revue.

 

Ventes de livres en millions d'euros, suivant les États

 

 

Concernant les ventes numériques, dont on affirme hâtivement qu’elles sont peut-être en déclin, elles représentaient 18 % du secteur au Danemark (incluants ebooks et audiobooks). L’État est donc nettement le plus tourné vers le digital, au sein de l’Europe. L’étude note toutefois que le manque de données de certains revendeurs, de même que la croissance de l’autopublication, rend difficile d’obtenir des données précises sur le marché du livre numérique. Il serait estimé entre 6 et 7 % du marché total, pour 2015.

 

Production de nouveautés sur la période 2010-2015

 

Comptablement, l’Allemagne reste le pays avec le plus important marché du livre : supérieur à 6 milliards d’euros, elle est suivie par la France et le Royaume-Uni, compris entre 3,5 et 6 milliards €.

 

Autre chose intéressante, entre 2006 et 2015, le marché du livre jeunesse est passé de 8,3 % à 12,2 %. Pas nécessairement la plus importante croissance, mais l’une des tendances les plus manifestes du marché. Le secteur universitaire/professionnel perd en revanche beaucoup, passant de 29,4 % à 19,5 %.

 

Enfin, si l’Europe a bien des défauts, les éditeurs en reflètent manifestement l’une des tendances : alors qu’en 2006, 22,2 % de la production était liée à l’export, elle a progressivement diminué, avant pour revenir à 22,9 % en 2015. Et si les éditeurs britanniques redoutent tant le Brexit et ses conséquences, c’est que l’Europe représente autour de 14 % de leurs exportations.

 

Enfin, cocorico si cela est permis : la France est le pays qui réalise le plus de traduction : de 9478 en 2010, nous sommes passés à 12.225 en 2015. Ouverture vers l’extérieur, ou manque de titres convaincants issus du territoire local ?

 

Enfin, notons que la Bulgarie est le marché sur lequel les consommateurs dépensent le moins pour l’achat de livres, et le Luxembourg, le plus, en regard du pouvoir d’achat. Quant à dire que le livre est cher, la FÉE tente de tordre le cou à cette idée. Entre 1996 et 2016, l’augmentation serait de 40 % inférieur au taux d’inflation européen.