L'édition, milieu de femmes, met-elle la lecture des hommes en péril ?

Clément Solym - 16.04.2012

Edition - International - femmes - hommes - édition


On dit souvent que l'édition est un milieu massivement investi par les femmes. Mais aussi que les hommes ne lisent pas. The Grindstone s'est penché sur quelques réactions qui mettent à mal ces suppositions.

 

Des femmes partout dans l'industrie de l'édition... Elizabeth Watson, éditrice en chef de PublishingTrends.com, met ce constat entre guillemets. En effet, on ne retrouve pas une majorité de femmes à tous les échelons de l'industrie. « On débat fréquemment du fait qu'on trouve une majorité de femmes au tout début de notre carrière, mais une minorité à un niveau d'encadrement. Je connais même des personnes qui estiment que c'est la bonne industrie pour un homme, car s'il est patient, de nombreuses collègues commenceront à partir quand elles auront des enfants - lui ouvrant ainsi une voie plus facile vers le sommet ».

 

Le sens du contact

 

Pour pouvoir postuler à ce genre de postes, avoir des connaissances est aussi un plus, note The Grindstone, quelque soit son sexe. Il semblerait même que seuls celles et ceux qui peuvent franchir la barrière de l'Ivy League puissent rejoindre les maisons d'édition, selon le magazine. Le vice-président et directeur des ressources humaines de Random House, Gary Fischer, estime que cette vision est trop réductrice. Le recrutement serait en fait sélectif, mais pas sur la base de l'appartenance à une communauté universitaire.

 

 

« Chez Random House, nous estimons que quand le talent pur est nourri et encouragé, il devient exceptionnel. Mais la clé est de l'identifier. (...) Nous pensons également que des bases solides d'éducation ne sont pas exclusives à l'Ivy League. Et s'il est possible que « quelqu'un de la boîte » puisse attirer l'attention sur un candidat en particulier, ce n'est jamais l'assurance d'être embauché à coup sûr.  »

 

Publier plus de livres pour les hommes

 

L'édition, un milieu majoritairement composé de femmes...  et la raison même pour laquelle il y aurait plus de lectrices que de lecteurs ? Jason Pinter, auteur de thrillers et ancien éditeur, peut aisément concevoir que les produits des maisons d'édition ne soient pas, en général, conçus pour toucher un large public masculin. « Personne ne peut nier le fait que les meetings éditoriaux tendent à être dominés par les femmes. Ce n'est pas abusé que de dire que le rapport est de 75/25 % ». En somme, quand bien même un livre conçu pour les hommes parviendrait au sein de ces maisons, inutile d'espérer qu'il soit édité, parce que « les hommes ne lisent pas » ?

 

Il est inutile de se cacher derrière ce faux constat. « Les hommes lisent. Des tonnes d'entre eux lisent » affirme Jason Pinter. Mais ils ne seraient pas les cibles privilégiées des maisons d'édition, ils ne sont pas au coeur de leurs stratégies marketing. C'est en fait d'un cercle vicieux qu'il s'agit. Dire qu'on ne peut éditer plus de livres qui s'adressent aux hommes sous prétexte que ces derniers ne lisent pas ne risque pas d'inverser la tendance.