L'édition mondiale concentrée, pas forcément pour de meilleures idées

Antoine Oury - 10.01.2013

Edition - International - Random House Penguin - concentration - maison d'édition


La fusion de Random House et Penguin, vraisemblablement suivie par d'autres dans les mois à venir, annonce une contraction du nombre d'acteurs dans le monde de l'édition, ainsi qu'une multiplication des moyens pour ceux qui sortiront grandis de cette réorganisation. Si ces changements peuvent multiplier les initiatives et éviter une situation de monopole, ils risquent aussi de détériorer la situation de l'édition indépendante.

 

 

Agreement

afagen, CC BY-NC-SA 2.0

 

 

Penguin Random House, née de la fusion des deux géants de l'édition anglophone, ne sera officialisée qu'à la mi-2013, d'après chacune de 2 parties. Espérons que, d'ici là, des projets communs se seront dessinés, histoire de sceller cette alliance dans un regain de créativité et d'audace, toutes 2 furieusement absentes. 

 

En témoigne la récente annonce de Penguin, qui se félicitait de prêter ses ebooks en bibliothèques... pour un an seulement, et après un embargo de 6 mois. Une frilosité d'autant plus étonnante que Pearson, propriétaire de la maison d'édition la plus populaire outre-Manche, a moins hésité pour investir dans le Nook, annoncé comme un concurrent tangible au Kindle. Manque de chance, depuis, les résultats s'avèrent en fait plutôt médiocres.

 

En attendant, Amazon attire avec sa bibliothèque de prêt en ligne, accessible en échange d'une souscription à l'année qui offre plusieurs avantages, dont la livraison gratuite des achats, ce qui inclut les livres. L'offre vient d'arriver en France, et les titres devraient se multiplier... au détriment des établissements de prêt et d'une diversité de l'offre.

 

La fusion pourrait-elle engager les deux éditeurs réunis en un seul dans une politique numérique moins frileuse ? Rien n'est moins sûr, étant donné qu'une acquisition masque généralement (mal) un impératif de rentabilité à court terme afin d'éponger les deniers lâchés, tout en récupérant quelques espèces sonnantes et trébuchantes au passage.

 

Dans ces conditions, l'édition indépendante pourrait effectivement prendre la main, en proposant des ouvrages moins soumis à ces impératifs, comme elle a toujours su le faire. Mais cela suppose également de prendre de court ces grands éditeurs et les concurrents du e-commerce dans une stratégie numérique, ou tout simplement commerciale, tournée vers la nouvelle génération de lecteurs, afin de reconstituer une niche susceptible d'assurer leur survie. 

 

En Inde, où la fusion Penguin Random House a effrayé au moins autant que l'arrivée d'Amazon dans le pays, c'est ainsi que les éditeurs indépendants ont su défendre leur place - simplement en proposant leurs titres papier indisponibles en version numérique. La question ne réside plus tant dans la rentabilité d'un marché que dans son investissement, pour éviter que d'autres ne se chargent d'en imposer les conditions.