L'édition persanophone : quel commerce du livre en Iran ?

Clément Solym - 20.04.2015

Edition - International - Iran édition - livres lecture - développement étude


Destinée à présenter l'édition en Iran, Afghanistan, Tadjikistan, Ouzbékistan, ainsi que dans les pays de la diaspora, l'Alliance internationale des éditeurs indépendants présente un panorama des pays persanophones. Disponible, gratuitement, en anglais ou persan, en format MOBI/PDF et MOBI/PDF/EPUB, l'étude résulte d'un travail collectif impressionnant.

 

 

Knowledge makes him young

Hamid Najafi, CC BY ND 2.0

 

 

« Les articles, écrits par Ali Amiri, Beytolah Biniaz, Masoud Hosseinipour, Farid Moradi, Laetitia Nanquette et Dilshad Rakhimov, toutes et tous spécialistes de l'édition en langue persane, permettent d'appréhender ces marchés éditoriaux dans une perspective à la fois historique, économique, politique et culturelle », note l'AIEI. Nous avons ci-dessous relevé principalement les questions liées à l'édition en Iran.

 

Évaluant les perspectives actuelles de développement, le rapport indique qu'en dépit des obstacles qui ont suivi la révolution islamique iranienne, la croissance des publications est relativement bonne. Entre 1981 et 2011, les statistiques de parutions sont en nette augmentation, indiquant un certain pluralisme. 

 

Plusieurs facteurs y ont contribué, mais c'est essentiellement l'engouement pour les études et le nombre de diplômés dans le pays que l'on souligne. De même, l'urbanisation et le statut socio-économique réévalué des classes moyennes ont participé à ce renouveau, de même que la multiplication des échanges, par les voyages, avec l'étranger. D'un point de vue plus professionnel, on constate que les foires du livre, hors de la capitale Téhéran, et des grandes villes, se sont multipliées. 

 

C'est que, de leur côté, les professionnels font face à un chiffre d'affaires qui reste inférieur à 150 millions $ par année – ce qui, en regard de la production, reste très faible. D'autant plus que seules 9000 licences de publication sont délivrées aux éditeurs, par les autorités de censure. Le secteur du manuel scolaire reste le plus important, ce qui occasionne un manque de fonds pour entretenir la production globale. 

 

En outre, la concurrence entre privé et public est inégale : le second secteur n'a pas à faire face aux problématiques marchandes du premier. Notamment parce qu'il dispose de plus de facilité pour fournir et vendre des livres aux institutions publiques, là où l'éditeur privé doit montrer patte blanche.

 

La distribution représente un autre facteur crucial. Les prix fluctuants des matières premières importées pour la production sont aussi des questions décisives. On remarquera qu'au sein du pays, la disproportion entre le nombre d'éditeurs et de libraires joue clairement en défaveur des maisons. Mais avant toute chose, « la culture de la lecture n'est pas démocratisée dans les familles, du fait de leur contexte traditionnel et du nombre insuffisant de bibliothèques, et du manque de livres attractifs ».

 

Sur la protection du droit d'auteur, plusieurs points positifs et négatifs ressortent. En regard du marché, les livres sont vendus chèrement, et le pouvoir d'achat des lecteurs en est impacté, par ricochet. Les discussions entre éditeurs, auteurs et traducteurs tentent depuis plusieurs années d'améliorer la situation. 

 

L'un des problèmes – attention, surprise – c'est que régler les montants dus aux auteurs pour leurs livres augmente le coût global pour l'éditeur. Et les finances des maisons ne permettent pas nécessairement d'y parvenir. « Des traducteurs gagnent maintenant autant que des auteurs et écrivains en Iran, dans la mesure où un traducteur est parfois plus célèbre que de nombreux auteurs. »

 

Or, indique l'étude, adopter les résolutions de l'Organisation Mondiale du Commerce, ou encore les règles sur la rémunération des auteurs impliquerait de nouvelles dépenses, avec une répercussion sur le prix de vente. Malgré toutes ces contraintes, notent les auteurs, les lois sur le droit d'auteur « deviennent une nécessité inévitable que les éditeurs du pays doivent être disposés à accepter ». 

 

Édition numérique, tout un secteur à appréhender

 

Enfin, on l'évoque régulièrement, le phénomène de censure reste dommageable pour toute l'industrie. Un contrôle strict est toujours pratiqué, avec l'obligation de disposer d'un accord de l'agent de censure. 

 

L'édition numérique n'est pas vraiment, on s'en doute, le vecteur le plus efficace du pays. L'adoption de l'informatique familiale a évidemment développé l'accès aux connaissances, par les CD-ROM. Cependant, le développement de l'édition électronique rencontre une résistance du marché traditionnel. Les préoccupations portent sur le catalogue, alors que, dans le même temps, internet se généralise dans les foyers. 

 

La création d'une solution logicielle applicative pourrait participer de manière importante au développement du secteur, de même que l'élaboration de normes pour simplifier la production. Mais dans le même temps, il faut arriver à trouver les solutions nécessaires pour garantir la protection du droit des créateurs. Et probablement inciter le gouvernement à instaurer une véritable politique publique sur l'édition numérique.

 

L'Assemblée des éditeurs numériques compte aujourd'hui 250 sociétés membres, et travaille en collaboration avec le ministère de la Culture et de l'Orientation islamiques. En son sein, un Centre des médias numériques a été instauré voilà trois ans. Mais pour que le marché de l'ebook se propage, il importe également que des commerçants soient à même de vendre les ouvrages. « Si le gouvernement ne fournit pas de subventions aux éditeurs pour la création de contenus dans divers formats numériques, et n'offre pas de solutions aux éditeurs de livres numériques, nous ne pouvons pas espérer avancer beaucoup dans la publication d'ebooks », constate l'étude.