L'édition répond au WWF : le livre jeunesse n'abîmerait pas les forêts

Antoine Oury - 14.03.2018

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Le World Wide Fund for Nature, mieux connu sous l'acronyme WWF, a bien choisi son moment pour publier une étude sur l'impact de l'édition jeunesse sur les forêts du globe, et plus particulièrement d'Asie. Plusieurs pratiques inquiètent l'organisation, mais le Syndicat national de l'édition assure que « le livre pour la jeunesse ne contribue en aucune manière à abîmer les forêts ».


Chasse aux livres
(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)
 


L'étude du WWF fait bien entendu suite à celle du BASIC, consacrée à la production du « livre noir » au sein des maisons d'édition françaises. Le Syndicat national de l'édition n'avait pas vraiment apprécié cet examen des pratiques des éditeurs français. En fin d'année dernière, il avait proposé les premiers résultats d'une étude sur la consommation de papier des éditeurs français.

 

Le WWF examine essentiellement les lieux d'impression des livres jeunesse français : les impressions en dehors de la France sont réalisées principalement dans l'Union européenne (20,6 % du nombre de titres en général, 42,1 % pour le secteur Jeunesse), en Italie, en Espagne ainsi qu'en Belgique. L'impression en Europe de l'Est reste faible, mais en croissance ces dernières années, et c'est bien l'impression en Asie qui inquiète le plus. 

 

14,1 % des livres de l'édition jeunesse sont imprimés en Asie, signale le WWF, et Chine, Malaisie et Singapour sont souvent les lieux d'impression d'au moins 25 à 30 % des titres des grands éditeurs français. Les livres les plus concernés sont les livres animés (79 %), les pop-up (77 %), les coffrets (74 %), suivis par les imagiers (53 %) et les livres cartonnés pour les tout petits (51 %).

 

Les réponses du Syndicat national de l'édition à l'étude du WWF démontrent les débats autour des certifications : WWF, comme l'indique son rapport, soutient la certification FSC, tandis que l'édition française a majoritairement recours à la certification PEFC. « Le SNE ne rentre pas dans ces débats et recommande à ses adhérents d’utiliser du papier certifié PEFC ou FSC. Pour les livres imprimés en Europe, le SNE recommande plutôt l’usage de papiers issus de bois européens — qui nécessitent moins de transport — certifiés PEFC ou FSC », nous expliquait Pascal Lenoir, président de la commission Environnement et Fabrication du Syndicat national de l'édition et chargé de la fabrication chez Gallimard.

 

L'édition jeunesse, ce n'est pas la jungle
 

« Ce rapport est clair : le livre pour la jeunesse ne contribue en aucune manière à abîmer les forêts : “(…) les papiers graphiques analysés par cette étude semblent exempts de liens directs avec la déforestation (...)” », souligne ainsi le SNE dans sa réponse au WWF... en prenant soin de ne pas citer la suite de la phrase du rapport, plus prudente : « Toutefois, les plantations industrielles signalées ci-dessus ont généralement été installées dans les trente dernières années en lieu et place de forêts primaires tropicales, suite à déforestation ou dégradation de tourbières (en Indonésie, Brésil et Chili). » Aussi, selon le WWF, des liens indirects persistent.

 

Plus loin, le SNE indique encore : « Les éditeurs sont dans un axe de progrès. Ainsi, 93 % des livres publiés par des éditeurs français sont certifiés FSC, PEFC ou sont imprimés sur des papiers recyclés, mais les éditeurs ne le mentionnent pas systématiquement », une observation tirée de son étude récente. Toutefois, le WWF, qui l'avait bien noté, déplore qu'aucune ventilation entre les certifications (FSC, PEFC ou autres) n'ait été effectuée.

 

Toujours sur les questions de certification, le SNE indique que « le rapport lui-même constate que les imprimeurs chinois choisis par les éditeurs français sont très majoritairement certifiés FSC (71 %) », mais omet de préciser que seuls quelques imprimeurs chinois (Leo Paper, Toppan, Starlite et C&C) sont fiables quant à cette certification. Néanmoins, précisons que cette dernière est malgré tout contrôlée par des bureaux agréés.

 

Le WWF consacre une étude sur les livres
jeunesse imprimés en Asie

 

Enfin, le syndicat tient à préciser que la faible utilisation de papiers recyclés par les éditeurs français (2 %) s'explique par une « offre en papier recyclé [qui] ne répond pas aujourd’hui suffisamment aux besoins des éditeurs en termes de quantités, caractéristiques, formats et prix pour les tirages importants ».

Le SNE n'oublie pas non plus de rappeler dans leur communiqué que le livre n'est pas un déchet ménager, contrairement à ce que préconisent plusieurs organismes pour améliorer le traitement du livre en seconde vie, notamment les manuels scolaires. L'édition assure que considérer le livre comme tel « va à l’encontre de la valeur affective et symbolique que les auteurs et les lecteurs accordent à l’objet-livre ».

Et peut-être des intérêts économiques des gros producteurs de livres : l'édition paie en effet l'écocontribution pour ses documents commerciaux et publicitaires, mais pas pour les livres.




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