L'édition "secteur emblématique, porteur de valeurs fortes" (Vincent Montagne)

Clément Solym - 29.06.2012

Edition - Société - Vincent Montagne - président du SNE - discours


Exclusif ActuaLitté : Élu à la présidence du Syndicat national de l'édition, l'ancien vice-président, Vincent Montagne, s'était, bien évidemment, fendu d'un discours, pour remercier le bureau, et brosser la ligne de conduite qu'il entend mener. Il saluait évidemment l'étendue des sujets traités par le syndicat, mais également la complexité des questions abordées, en cette période nouvelle.

 

Au terme des deux années de la présidence Gallimard, où le centenaire de la maison aura éclipsé « légitimement » les 25 ans du groupe Media Participations, la jeunesse de la société dirigée par Vincent Montagne s'offrira une légère impertinence, citant Sartre : « Un livre n'est qu'un petit tas de feuilles sèches, ou alors, une grande forme en mouvement, la lecture. »

 

Deux convictions fortes guideront ce mandat. « Un syndicat unique et uni, et représentatif, est plus que jamais un atout. Le SNE, évidemment, est rassembleur », alors qu'une vingtaine d'adhérents chaque année en grossissent les rangs - plus de 600 désormais. « Cela montre que l'action collective est une force. » Le nouveau bureau passera ainsi que 14 à 15 membres, en s'ouvrant à un groupe d'édition professionnel, le groupe Lefebvre Sarrut, spécialisé dans le juridique, et qui sera représenté par son président, Dominique Illien. 

 

Une compétence nouvelle pour le syndicat, en renforçant « le savoir-faire sur les pratiques numériques et juridiques ». 

 

L'autre point, c'est que « l'édition est un secteur emblématique à maints égards, et porteur de valeurs fortes ». Première industrie culturelle en France, « vecteur de la pensée », permettant l'ouverture du lecteur au monde. En outre, souligne-t-il, il n'est pas d'oeuvres visuelles, qui ne reposent sur un texte, « un texte écrit qui constitue un monde imaginaire, pour réaliser un film ».

 

Antoine Gallimard (au micro) et Vincent Montagne, au Salon du livre de Paris 2012)

 

 

La liberté d'expression est donc primordiale, et sa défense nécessite une implication forte. « C'est l'honneur de notre profession que de résister à toutes les formes d'intolérance, d'oppression, d'intimidation », mais également de saluer les auteurs ostracisés, bannis ou censurés.

 

« Nous sommes un secteur d'entrepreneurs indépendants. C'est vrai des auteurs, des libraires et des éditeurs. L'esprit d'entreprise et d'indépendance est profondément enraciné. Cet esprit d'entreprise va de pair avec la capacité quotidienne à prendre des risques et l'indépendance va de pair avec une vision à long terme. L'éditeur est en effet un investisseur à long terme. Il s'engage sur des auteurs inconnus et leur donne les moyens de bâtir une oeuvre. Il construit des collections et un catalogue sur la durée. »

 

Et de rappeler que les droits d'auteurs représentent 427 millions € pour 2011, soit 15 % du CA tous genres confondus. Et si la littérature reflète particulièrement cet investissement. « Mais l'éditeur n'est pas simplement un intermédiaire, un passeur. Il est aussi un créateur. Aujourd'hui on peut estimer que la moitié des 40.000 nouveautés publiées en France, sont des oeuvres de commandes, en bref, des oeuvres qui n'existeraient pas sans l'initiative de l'éditeur. » 

 

 

 

 

Et de citer un entretien d'Antoine Gallimard, expliquant la démarche de son grand-père, Gaston, pour qui il était important de créer une entreprise « très commerciale », permettant de financer la création et une politique éditoriale exigeante. Et d'ajouter que la nature et la durée des droits d'exploitation cédés par l'auteur dans le contrat d'édition, permettent cet investissement. « Et nous voilà au coeur de la question à venir : à ceux qui veulent déréguler les marchés, il faut répondre enjeu de civilisation, maintien de la qualité de la création et de l'innovation. »

 

Dans le numéro du New Yorker de ce mois, critiquant amplement l'édition, Vincent Montagne « croit rêver », en lisant que l'édition fait trop d'investissements, que le secteur est trop coûteux, comme l'écrit le journaliste. « Supprimer les intermédiaires inutiles, pour abaisser les prix, au profit des consommateurs… » 

 

Mais il est important, souligne le nouveau président, de recontextualiser l'ensemble de l'industrie et des enjeux qui lui font face. Ainsi, il rappelle que la totalité « je dis bien la totalité du chiffre d'affaires de l'édition européenne, est inférieure au bénéfice d'Apple. Il n'y a pas d'un côté les méchants éditeurs, et de l'autre, les gentils opérateurs, et les auteurs seraient bien inspirés d'en prendre conscience. Nous vivons incontestablement une période décisive pour le livre. »

 

Les priorités pour le mandat du président élu seront donc les suivantes (nous rapportons textuellement) : 

  • Défendre une concurrence saine et équilibrée, qui ne se fait pas seulement sur le prix, mais par une politique de l'offre qui suppose de prévenir les abus de position dominante, accentués aujourd'hui par l'extraterritorialité.
  • Encourager la lecture des jeunes, au moment où tous les psychologues s'inquiètent de leurs difficultés à se fixer. Ce sont les lecteurs de demain.
  • Rechercher un partenariat constant, avec les auteurs, dont les intérêts à long terme sont totalement alignés avec ceux des éditeurs.
  • Plaider à Bruxelles la promotion et la reconnaissance d'une culture européenne.
  • Répondre au défi du numérique. Avec les auteurs et les libraires, l'éditeur doit s'adapter à cette nouvelle donne et ne pas la subir. La lecture n'a pas changé de nature en changeant de support.