L'édition toute entière préoccupée par la situation au Bangladesh

Antoine Oury - 10.11.2015

Edition - International - éditions IPA Alliance éditeurs - Bangladesh crise - liberté d'expression


Au Bangladesh, la situation est toujours tendue : le 31 octobre, un éditeur était retrouvé mort, assassiné, dans son bureau, et, le même jour, deux écrivains et un autre éditeur avaient été violemment agressés et laissés à l'article de la mort à Dacca, la capitale du pays. Des exactions revendiquées par une branche locale d'Al-Qaïda : malgré ces actes terroristes, l'inaction du gouvernement bangladais pousse les collègues à réagir.

 

Visez la ligne de flottaison !

À Dacca, au Bangladesh (Christophe, CC BY-NC-SA 2.0)

 

 

L'édition locale s'inquiète de cette vague de violences, et craint la montée d'un islamisme radical suite aux attaques à l'encontre de Faisal Arefin Dipan et Ahmed Rahim Tutul, d'autant plus si ces dernières restent impunies. « Ce n’est pas un accident isolé. Ils ont d’abord commencé à tuer des auteurs, puis des blogueurs, et maintenant des éditeurs », rappelait pourtant Mustafa Selim, à la tête de la Société des Éditeurs créatifs du Bangladesh, la semaine dernière.

 

Ses collègues à l'international rejoignent ses préoccupations et sa colère : « L’Alliance internationale des éditeurs indépendants, représentant 400 éditeurs indépendants de 45 pays dans le monde, condamne ces attaques meurtrières et l’atteinte à la liberté d’expression et d’édition ». « L'Union internationale des éditeurs [...] condamne les attaques et demande au gouvernement de protéger les éditeurs et les écrivains contre les violences et intimidations en tout genre. »

 

La responsabilité du gouvernement bangladais est directement signalée par la profession : « Il est urgent que le gouvernement bangladais protège et défende les acteurs du livre, assurant ainsi les fondements nécessaires à leur métier et à leur liberté d’expression », exhorte l’Alliance internationale des éditeurs indépendants. 

 

Abdul Hamid, le président du Bangladesh, s'est en effet distingué par son absence de réactions vis-à-vis des attentats régulièrement perpétrés contre les écrivains laïcs, les blogueurs, et ceux qui critiquent ou relaient des critiques de la religion. En août dernier, un des responsables, au sein des autorités, assurait même que ceux qui écrivaient pour critiquer l'islam étaient autant extrémistes que ceux qui agressaient physiquement... 

 

La protection des cibles des terroristes est une revendication commune à de nombreuses organisations, d'autant plus que les noms des futures victimes apparaissent sur de nombreuses listes des organisations terroristes, comme le souligne un blogueur réfugié dans un article pour Amnesty International. Mais le gouvernement ne semble pas prêt à soutenir la liberté d'expression, étant donné le poids électoral que représentent les athées, face aux croyants...

 

Une partie de la population de Dacca a manifesté, ces derniers jours, en signe de soutien aux victimes des attaques.