L'édition, une industrie culturelle à la 'rentabilité résistante'

Antoine Oury - 12.03.2015

Edition - Economie - édition économie rentabilité - Syndicat national de l'édition - François Moreau économiste


Le SNE présentait ce matin une étude commandée auprès de François Moreau, économiste, et Stéphanie Peltier, docteur en sciences économiques, qui porte sur l'économie du livre. Les différents éléments visaient à rappeler les résultats économiques du secteur et leurs retombées sur la chaîne du livre, tout en soulignant que le livre recevait une faible aide publique. 

 

 

François Moreau

François Moreau, coauteur de l'étude sur l'économie du livre (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

C'est un fait peu connu, que l'étude se fait fort de rappeler d'entrée de jeu : le chiffre d'affaires de l'édition représente le double de celui de la production télévisuelle, et 4 fois celui de la production cinématographique, de la production musicale ou de la production vidéoludique. « En économie, nous utilisons la valeur ajoutée, c'est-à-dire la richesse créée, plutôt que le seul chiffre d'affaires », explique François Moreau, venu présenter les résultats de l'étude au siège du SNE.

 

Celle de l'édition se solde à 5,5 milliards € : la production télévisuelle est devant, mais, avec l'ajout des effets d'entraînement sur le reste de la chaîne du livre, l'édition tire son épingle du jeu. « Chaque euro de valeur ajoutée dans l'édition est à l'origine de 2,67 euros de valeur ajoutée dans le reste de la filière livre [commercialisation, distribution, bibliothèques, imprimerie, NdR] », précise François Moreau. Mêmes effets sur l'emploi : un emploi dans l'édition participerait à 4 autres emplois dans les secteurs annexes de l'édition.

 

L'étude remarque également que les aides publiques n'ont pas un poids très important dans la valeur ajoutée créée, contrairement à la production télévisuelle où les aides de l'État représentent 98 % de la valeur ajoutée créée. Si les aides publiques versées au livre correspondent peu ou prou au budget du CNL (les achats de livres via les bibliothèques n'ont pas été comptabilisés), le secteur dispose d'un cadre législatif très protecteur, qui constitue une aide non négligeable.

 

Rentabilité du secteur : des difficultés pour les petites maisons

 

Depuis 2007, le chiffre d'affaires de détail des ventes de livres baisse régulièrement (- 1,2 % par an). Les explications les plus communément admises vont de la crise économique à la baisse de l'investissement des Français dans la lecture, aussi bien en termes de temps que d'argent.

 

Néanmoins, la rentabilité moyenne de l'édition se maintient (en orange sur le tableau ci-dessous), même si les petites maisons d'édition (chiffre d'affaires de moins de 5 millions €, en bleu clair) encaissent le coup.

 

 

Étude économique sur le secteur de l'édition - Syndicat National de l'Édition

 

 

Et résistent assez mal à cette contraction du marché :

 

 

Étude économique sur le secteur de l'édition - Syndicat National de l'Édition

 

 

Depuis 2010, 613 structures auraient disparu, un chiffre qui n'est pas (encore ?) compensé par les créations de maisons d'édition pure-players du numérique.

 

 

Étude économique sur le secteur de l'édition - Syndicat National de l'Édition

 

 

Le livre est-il un « bien rentable » ?

 

D'après les résultats dévoilés par l'étude, et obtenus auprès des professionnels de l'édition, en littérature et en BD, « seuls 20 à 40 % des titres seraient rentables ». Ce qui en soi n'est déjà pas si mal, mais François Moreau ajoute que, pour limiter l'ampleur de ces risques de non-rentabilité, la sélection des manuscrits, les leviers actionnés par le droit d'auteur au niveau des exploitations (livre de poche, traductions, produits dérivés), ou la diversification du portefeuille éditorial sont des passages obligés.

 

Pour les plus gros acteurs, la mise sur les 10 auteurs qui font 25 % du CA de l'édition, ou encore l'intégration de la distribution dans le groupe éditorial permettent de limiter les risques.

 

Certes, des surprises surviennent, façon Patrick Modiano, mais « 95 % des titres ont une rentabilité décroissante, et les deux premières années sont fondamentales dans la vie d'un livre », complète Vincent Montagne, président du SNE. Parallèlement à cet impératif de rentabilité, certains dénoncent une absence de perspective sur le long terme : « Les éditeurs n'investissent plus sur un écrivain avec une perspective longue, pour un succès dans 10, 20 ans », déplorait ainsi Laurent Bettoni, auteur publié dans des maisons traditionnelles et autopublié.

 

Le livre numérique peine encore à compenser la rétraction des ventes globales de l'édition : il représente entre 5 et 6 % dans le chiffre d'affaires global de l'édition. Mais déjà un quart du CA dans les sciences humaines et sociales. 

 

 

  SNE Étude Économie Du Livre Mars 2015 by ActuaLitté