L'édition, une profession outrageusement stupide pour Maurice Sendak

Clément Solym - 09.11.2012

Edition - International - Interview - Maurice Sendak - Edition


L'écrivain et illustrateur américain Maurice Sendak, né en 1928 et décédé le 8 mai 2012, est resté dans les mémoires pour ses prolifiques contributions à la littérature pour enfants, auteur notamment du célèbre Max et les Maximonstres. Mais l'homme a également su marquer les esprits par son humour et son franc-parler. Peu avant sa disparition, alors âgé de 83 ans, il accordait une interview au Believer, dont voici quelques extraits caustiques déterrés par Publishing Perspectives ...

 

 

Illustration tirée de Max et les Maximonstres

 

 

Au cours de cet entretien, à lire en son intégralité (en anglais) à cette adresse, Maurice Sendak évoquait des sujets aussi variés que la mort et le sexe, son travail, son partenariat d'un demi-siècle avec Eugene Glynn, l'anti-sémitisme et ses propres lectures, sans oublier de partager ses avis tranchés sur le monde de l'édition ainsi que la lecture numérique.

 

Au cours de l'interview accordée à Emma Brockes du Believer, il affirmait que l'édition était « une profession outrageusement stupide ».

 

Tandis que son interlocutrice lui demandait d'approfondir cette thèse l'écrivain ajoutait, en évoquant les éditeurs : « Et bien, personne ne sait ce qu'ils font. Je me demande si cela a toujours été vrai. Je pense que de vieillir est une chance en ce moment, je veux quitter ça aussi tôt que possible. C'est terrible. Et les belles années 1950 et l'après guerre, quand publier des livres pour enfants était amusant... ça l'était vraiment. Il ne s'agit pas seulement de regarder en arrière et prétendre que c'était bon. C'était bon. Et maintenant c'est juste stupide. »

 

La journaliste lui demandait alors pour quelle raison, et il répondait que Rupert Murdoch en était la cause. Alors Emma Brockes s'étonnait, rappelant à Sendak que le dernier nommé n'était autre que son propre éditeur. Ce à quoi l'écrivain rétorquait : « Oui ! HarperCollins. Il possède Harper. Je pense que le reste du monde aussi. Il représente à quel point les choses sont devenues mauvaises. »

 

Quant au sujet des livres numériques, l'auteur confiait : « Je les déteste. C'est comme faire croire qu'il existerait une autre forme de sexe. Il n'y a pas d'autre sorte de sexe. Il n'y a pas d'autre genre de livre. Je sais qu'ils sont terriblement passés de mode. Je suis vieux, et quand je serai parti ils vont probablement essayer de faire mes livres sur tous ces trucs, mais je vais le combattre comme l'enfer... Je ne peux pas croire que je suis devenu un typique vieillard. Je ne peux y croire. J'étais jeune il y a à peine quelques minutes.  »