L'Égypte libère temporairement l'écrivain Ahmed Naji

Clément Solym - 20.12.2016

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Condamné en février dernier à deux années de prison pour outrage à la pudeur, le romancier Ahmed Naji a poursuivi sans relâche son combat judiciaire. La justice égyptienne vient finalement de lui donner raison : l’écrivain a obtenu sa remise en liberté. L’année 2016 s’achèvera sur une note d’espoir.

 

 

 

La Cour d’appel a ordonné la relaxe ce dimanche 18 décembre, abandonnant les poursuites pour atteinte à la pudeur. Toute la procédure découlait de la publication d’extraits de son livre. Acquitté dans un premier temps, en novembre 2015, la justice avait opéré un revirement inédit, entraînant sa première condamnation.

 

Rejugé en août, l’auteur avait vu sa peine confirmée, pour un texte « sexuellement explicite » qui « détruit les valeurs sociales ». En avril dernier Suzanne Nossel, présidente du PEN America, dénonçait cette mascarade : « Le cas de Naji est emblématique de la répression grandissante en Égypte, menée contre la liberté artistique et ce, au mépris le plus flagrant de la protection des libertés constitutionnelles et au détriment des riches traditions culturelles du pays. » 

 

Fin novembre, la situation s’envenimait : l’appel interjeté en avril, balayé en août, était de nouveau renvoyé en novembre, pour la troisième fois. Selon le procureur, le texte de Naji « vomissait de convoitise sexuelle et de plaisirs malsains », l’auteur ayant usé « de son esprit et son stylo pour outrager la décence publique, les bonnes mœurs, et inciter à la promiscuité ». Totalement insupportable. 

 

Libération temporaire

 

Mais la mobilisation internationale peut se sentir soulagée : la condamnation a été suspendue par la Cour de cassation, plus haute juridiction égyptienne. Ahmed Naji n’est donc pas totalement sorti d’affaire, mais peut souffler. Le 1er janvier prochain, un nouveau procès se tiendra, qui pourrait malgré tout le renvoyer en prison. 

 

Pour Suzanne Nossel, du PEN America, « la cour égyptienne s’est finalement réveillée de cette parodie de justice, impliquant la prison pour un écrivain, et son œuvre de fiction ». De fait, la mobilisation d’écrivains d’Égypte « et dans le monde entier, exigeant la libération de Naji, est un appel clair adressé aux régimes répressifs, qui s’en prennent à ceux qui osent parler et créer ».

 

Plus de 120 artistes et journalistes avaient en effet écrit au président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, pour demander que l’écrivain soit libéré. On y retrouvait notamment l’auteur Alaa El Aswany, qui avait publié L’immeuble Yacoubian.  

 

Ahmed Naji devait sortir de prison ce 19 décembre.