L'Égypte maintient la peine de 2 ans de prison contre l'écrivain Ahmed Naji

Clément Solym - 29.08.2016

Edition - Justice - écrivain Ahmed Naji - Égypte tribunal romancier - extrait sexuellement explicite


En dépit du soutien reçu par la communauté internationale, le romancier Ahmed Naji a vu sa demande rejetée par le tribunal du Caire. Il réclamait en effet une suspension de la peine de deux années d’emprisonnement, mais la cour a choisi de le débouter. Depuis février, ce dernier est mis en accusation pour avoir fait paraître dans un magazine littéraire égyptien un texte « sexuellement explicite ». Chose qui, selon la plainte, « détruit les valeurs sociales », c’est bien connu...

 

 

 

Lauréat du prix PEN/Barbey Freedom to Write, en 2016, Ahmed Naji est dépité. Le procès qu’on lui intente découle d’une histoire survenue en 2014. En faisant paraître un extrait de son roman, le journal Akhbar al-Adab a attiré l’attention sur ses textes. Mal lui en prit : le passage diffusé faisait allusion à la consommation de drogue, ainsi qu'à des activités sexuelles. Et ça, ça ne passe pas...

 

En mai dernier, 120 auteurs prenaient ouvertement sa défense : outre la prison, une amende de 1150 € était encourue, alors même que le roman avait reçu l’aval du Bureau de la censure égyptien. « L’État essaie de toutes ses forces de détruire l’esprit de ses fils : en les effrayant, en les arrêtant, et en les coulant dans un moule unique. Ses ennemis ne sont pas simplement les dirigeants de l’opposition et les opposants politiques, mais également toute personne qui est en mesure de penser différemment », assuraient les signataires de l’appel.

 

"De battre mon coeur s'est – presque – arrêté"

 

Mais leur voix n’aura pas porté jusqu’au tribunal du Caire. Ce dernier a rejeté la demande de suspension de la peine, et renvoyé le romancier à la procédure d’appel en cours, depuis sa condamnation en février. La situation devient plus stupide encore que, dans un premier temps, en janvier, l’écrivain avait été acquitté, avant que l’accusation ne revienne à la charge. Et obtienne cette fois la condamnation. 

 

Selon le plaignant, par ailleurs lecteur du journal, l’indécence du texte diffusé auprès du public est tel que « les battements de son cœur ont été perturbés, et s’en est suivie une baisse de sa tension artérielle ». On n’ose imaginer ce qu’il arrivera quand le monsieur fumera son premier pétard, ou aura son premier orgasme...

 

« Le cas de Naji est emblématique de la répression grandissante en Égypte, menée contre la liberté artistique et ce, au mépris le plus flagrant de la protection des libertés constitutionnelles et au détriment des riches traditions culturelles du pays », dénonçait en avril dernier Suzanne Nossel, présidente du PEN America. 

 

L’éditeur du roman, Dar al-Tanweer, soulignait que le pays se trouvait face à un exemple caractérisé « d’atteinte à la liberté d’expression tout à la fois garantie par la Constitution, et à plus forte raison, ce qui a motivé la révolution du peuple d’Égypte ». 

 

Le PEN espère que l’attribution du prix aura pour effet de faire prendre conscience à la justice de la situation grotesque dans laquelle se trouve l’écrivain. D’autant que, par solidarité, de nombreux sites internet ont décidé de publier le fameux extrait incriminé, mais également de le traduire en anglais, pour lui assurer une plus grande diffusion. 

 

L’Egyptian Initiative for Personal Rights estime pour sa part que « de pareils procès vont encore bloguer les relations entre les intellectuels et les autorités du pays ». Rappelons à ce titre que Fatima Naoot, écrivaine, a écopé d’une peine de trois années de prison pour avoir insulté l’islam...  

 

via Alaraby