Le maire LR du Blanc-Mesnil n'apprécierait pas trop la bande dessinée

Antoine Oury - 28.08.2015

Edition - Société - Titi Gnangnan - Blanc Mesnil - liberté d'expression


Titi Gnangnan est maire d'Alba-Villa, et la commune fictive n'a pas eu la main heureuse en le faisant élu de la République : despote volontiers stupide, le personnage à la coiffure démesurément gonflée « n'a pas besoin d'un dessinateur pour passer pour une andouille ». Mais l'auteur de ce comic strip s'est attiré les foudres du maire du Blanc-Mesnil, Thierry Meignen.

 

 

 

Le premier strip remonte au 5 août 2014, et moque la première mesure du maire fraîchement élu : l'augmentation de son salaire. Christophe Tardieux, alias Remedium, ne cache pas son inspiration principale : auprès de L'Humanité ou du Parisien, il explique que sa bande dessinée est une satire du maire Les Républicains, Thierry Meignen. 

 

Ce dernier apprécie peu, visiblement : le mois dernier, il a fait voter par le conseil municipal « la protection fonctionnelle » de sa personne pour intenter une procédure en diffamation. Cette protection fonctionnelle permet « une prise en charge des frais de procédures nécessités par la conduite de cette affaire : honoraires d'avocats, frais d'huissiers et frais de déplacement », précise le procès-verbal du conseil municipal. La plafond de prise en charge est fixé à 10.000 €.

« C'est une méthode qu'il utilise souvent, avec le vote par le conseil pour que d'éventuelles poursuites judiciaires soient payées par les impôts », explique Christophe Tardieux. Pour le moment, le dessinateur n'a reçu aucune convocation, mais ne se fait pas d'illusion : « Il n'est pas du genre à reculer. » Le maire Les Républicains s'était déjà fait remarquer avec l'annulation d'un concert de Grand Corps Malade, en mai 2015 : l'invitation par le slammeur d'un opposant politique sur scène n'aurait pas plu à l'élu. La subvention de la ville destinée au théâtre Le Forum a également été supprimée, le maire expliquant que « la ville du Blanc-Mesnil n’a pas à financer la création pour les Parisiens et le public d’Avignon ». (via France Info)

 

Outre la possibilité d'une plainte, Christophe Tardieux se retrouve menacé d'expulsion depuis quelques jours : il a reçu un courrier lui intimant le départ de son logement. En tant qu'enseignant, le dessinateur dispose d'un logement conventionné, mais la lettre signée par le maire lui indique que des travaux de démolition l'obligent à rendre les clés. « Sauf que ce n'est pas mon immeuble qui est concerné par cette démolition. Et les gens de l'immeuble en question ont déjà été relogés, à ma connaissance. Au moins 5 logements vides seraient disponibles pour d'éventuels relogements », indique Christophe Tardieux.

 

 

Le dessinateur n'a jamais eu aucun problème au sein de ce logement, et il est le seul enseignant, selon lui, à avoir reçu ce courrier : « De toute façon, pourquoi chasser un enseignant pour en installer un autre ? » s'interroge-t-il. D'autant plus que sa compagne est enceinte de 8 mois, ce qui le conforte dans l'idée de contester la procédure devant le tribunal administratif.

 

Nous avons tenté de joindre la mairie du Blanc-Mesnil pour l'écriture de cet article, en vain.

 

Protéger les personnes publiques, ou la liberté d'expression ?

 

Le recours à la diffamation, dans les cas impliquant des personnes publiques ou des élus, est assez fréquent : plusieurs militants, défenseurs de la liberté d'expression, sensibilisent au fait que l'Union européenne est encore très protectrice vis-à-vis des politiques. L'English PEN, organisation dédiée à la défense des écrivains et de leur liberté d'expression, a ainsi mené une vaste campagne pour que l'Union européenne réforme sa législation relative à la diffamation.

 

« Les représentants officiels ne devraient pas être immunisés contre la critique. En fait, il devrait même y avoir une mesure pour limiter les possibilités de traduire en justice, devant un tribunal civil, au motif d'une diffamation, dans le cas d'un représentant public », nous expliquait ainsi Robert Sharp, chargé de la communication de l'English PEN, à l'occasion de la Foire du Livre de Londres.