Vente de RCS Libri : "une meilleure indépendance" jure Mondadori

Nicolas Gary - 26.02.2015

Edition - Economie - Mondadori Berlusconi - RCS Libri vente - édition Italie


Le membre du Conseil d'administration de RCS Media groupe doit se réunir sur la question de la vente de la filiale éditoriale, RCS Libri, apprenait ActuaLitté ce matin. Mais selon La Repubblica, la société accélérerait en réalité la vente de sa filiale. Un conseil extraordinaire a été convoqué pour évaluer la situation. Le 2 mars aura lieu une réunion au sommet...

 

Berlusconi: "Wanted Dead or Alive" Torino April 2013

Denis Boquet, CC BY 2.0 

 

 

La vente de la filiale livres de RCS Mediagroup était évaluée entre 120 et 150 millions €, et selon les dernières informations, le montant que débourserait Mondadori serait de 135 millions €. Ce qui entraînerait la création du plus grand pôle d'activité dédié à l'édition en Italie. 

 

Les actifs du groupe RCS Libri comptent les maisons Rizzoli, Bompiani, Fabbri, Adelphi, Marsilio, Bur, Sonzogno. Selon l'éditeur Urbano Cairo qui détient 3 % du capital a clairement affirmé qu'il n'appréciait pas du tout cette perspective. Selon lui, vendre la partie livre de RCS Mediagroup, pour amortir les pertes de la structure, représente une forme de défaite, qui appauvrirait la société. 

 

L'éditrice française Liana Levi, dont le catalogue d'auteurs italiens reste exceptionnel, précisait hier à ActuaLitté : « Cette possible fusion est préoccupante, pour les mêmes raisons qui nous avaient agités, lorsqu'il fut question d'une réunion entre Hachette Livre et Editis. Les éditeurs français avaient déposé un recours au niveau européen, pour l'empêcher. »

 

L'autre grande question, qui ne manquera pas d'intérêt, est que la holding Fininvest pourrait choisir de réorganiser son activité, en vue d'une redistribution du patrimoine, entre les différents héritiers. Fininvest appartient, faut-il le rappeler, à Silvio Berlusconi. Et c'est sa fille, Marina, qui dirige l'empire Mondadori. 

 

La famille Berlusconi, plus que jamais menaçante

  

Avec le rachat de RCS Libri, Mondadori disposerait de 40 % de parts de marché sur l'édition italienne. De quoi aiguiser les angoisses. Le ministre de la Culture, Dario Franceschini, publié par la maison Bompiani, n'a pas caché ses préoccupations. Maintenant, explique-t-il, il a peur, pour sa liberté d'écrivain. « Il n'y a pas d'industrie plus délicate ni sensible pour la liberté de pensée et la création que celle du livre », affirmait le ministre. Bien entendu, pas de liberté de pensée, sans liberté de marché, mais comment faire confiance au groupe Mondadori, quand la famille Berlusconi dispose d'un empire médiatique surpuissant ?  

 

Pour l'instant, l'Antitrust, autorité de la concurrence italienne, affirme ne pas encore avoir reçu de notification de la part des groupes. Les demandes officielles, précise-t-on, seront examinées comme il se doit. 

 

Tout le problème est pourtant bien là : lors du rachat de Mondadori, en 1991, Silvio Berlusconi est intervenu en versant près de 2,5 millions d'euros (équivalent en lires italiennes à l'époque), pour conclure la vente. Cette corruption de magistrat a fait l'objet d'un procès, qui aboutit en 2009 à la condamnation de 750 millions €. À l'époque du rachat, le groupe CIR de Carlo de Benedetti, était particulièrement intéressé par ce rachat. Avec le temps, le montant de l'amende a été ramené à 560 millions €. 

 

Dans Le Monde, Umberto Eco signe une tribune limpide. Parti en croisade contre cette revente, il a emporté dans sa quête 47 autres auteurs, signataires d'une lettre pour dénoncer cet accord.  

 

Il faut reconnaître que le groupe Mondadori détenu par Berlusconi s'est montré relativement libéral avec les éditeurs qu'il contrôle, laissant par exemple Einaudi maître de sa ligne éditoriale. Mais même si Berlusconi est le plus vertueux des patrons, rien n'exclut qu'il puisse un jour vendre à moins sage que lui et le groupe monstre pourrait développer une solide vocation de censeur. 

Un groupe d'une telle puissance est une menace pour la liberté d'expression. Dans un marché ouvert, il est vrai que la concentration est économiquement inévitable, mais, pour que le système reste sain, la concurrence doit pouvoir continuer de s'exercer entre différentes entreprises. Dès lors que l'une d'elles est plus puissante que toutes les autres réunies, rien de tel n'est possible. Selon le même principe d'une économie libre, réduire la concurrence revient à réduire la qualité.

 

 

"La garantie d'une meilleure indépendance"

 

Le directeur général de Mondadori, Ernesto Mauri, a été interrogé par Prima Comunicazione. « Il est clair que les livres sont, aujourd'hui, une priorité pour l'entreprise, et un objectif stratégique pour Mondadori. » Et de souligner que, pour une activité dont les marges sont faibles, il faut trouver de nouvelles opportunités, dont le numérique peut être l'une des solutions. 

 

Selon lui, les 40 % de parts de marché que prendrait alors Mondadori doivent être relativisés, par rapport à la taille de chacun dans un pays. « Pour exemple, Hachette en France, avec 25 % de parts de marché, est trois fois plus important que Mondadori. Dans un petit marché du livre, comme celui italien, face à la concentration des ventes auxquelles nous assistons depuis trois ans, c'est la solidité économique des maisons d'édition qui est menacée. Et par conséquent leur possibilité d'investir. Tout d'abord, sur les auteurs, qui sont le véritable patrimoine. »

 

Il affirme également que ce rachat serait également « la garantie d'une meilleure indépendance ». Et là, on peine à comprendre comment.

 

Une belle déclaration, mais qui omet avec un brio fulgurant, que, si Hachette est trois fois plus important, la diversité en France a également été menacée, quand Editis s'est rapproché de Hachette. Les éditeurs français avaient alors porté l'affaire devant les autorités européennes, pour l'empêcher...


Pour approfondir

Editeur :
Genre : littÉrature...
Total pages : 440
Traducteur :
ISBN : 9782714446374

Mirage

Robyn le sait, son mari Paul est loin d'être parfait. Artiste fantasque, insouciant, dépensier, ce jouisseur invétéré a du mal avec les limites du quotidien. Le couple s'aime encore mais la crise couve. Sans compter la question des enfants. Robyn en veut un, Paul est d'accord. Mais le temps presse, et rien ne se passe... Pourquoi pas un voyage au Maroc ? Changer d'air, prendre le temps de vivre, se redécouvrir, et faire enfin ce bébé qui leur manque tant.

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