L'encyclopédie Britannica en numérique, tout un symbole

Clément Solym - 14.03.2012

Edition - Economie - Encyclopaedia Britannica - Michael Norris - Jorge Cauz


Après 244 ans d'existence, l'encyclopédie Britannica tourne une nouvelle page de son histoire. Elle a décidé d'arrêter son édition papier et ne sera à présent disponible qu'en ligne.  

 

Jusqu'à présent, Britannica publiait une nouvelle édition tous les deux ans, mais l'édition de 32 volumes de 2010, pesant dans les 58,5 kg et regroupant le travail de 4.000 experts, sera bien la dernière.

 

« Rite de passage » vers le numérique

 

« Tout le monde aimerait appeler cela la fin d'une ère et je le comprends » commente Jorge Cauz, le président de Encyclopaedia Britannica Inc., auprès de CNN, « mais ce n'est pas un moment triste pour nous. Je pense que ceux en dehors sont plus nostalgique sur les livres que nous le sommes (…) C'est un rite de passage à cette nouvelle ère du numérique. »

 

En effet, la société souhaite à présent se concentrer sur son encyclopédie en ligne et ses outils pédagogiques. Car les ventes de l'imprimé ne constituaient plus une source de revenus suffisante pour Britannica. Seulement 1 % du total des ventes. « L'édition imprimée est une icône. Mais une icône ne rend pas justice à tous les changements que nous avons vécu ces dernières années », ajoute Jorge Cauz.

 

La version Internet de l'encyclopédie ne représente pas non plus une grande source de revenus, seulement 15 %. La plupart des profits sont engendrés par les produits éducatifs (outils d'apprentissage en ligne, CV, etc.), qui représentent 85 % des ventes. 

 

 

« L'édition papier devenait plus difficile à maintenir et n'était pas le meilleur moyen de faire profiter de la qualité de nos ressources et de nos contributeurs », a précisé Jorge Cauz, président d'Encyclopaedia Britannica, auprès de Reuters. « Britannica a été l'un des premiers (éditeurs) à ressentir les effets de la technologie, il y a de ça peut-être vingt ans, et nous nous y sommes adaptés, bien que ce soit très difficile en ce moment », a-t-il ajouté.

 

Information en ligne : les encyclopédies sur la touche

 

Depuis le développement du numérique, les ouvrages de référence ont été les plus touchés, selon l'analyste Michael Norris : « Les gens achètent, lisent et aiment toujours les livres imprimés. Mais leur relation avec un roman est très différente de celle avec des informations dont ils ont besoin », explique-t-il. Et Cauz d'ajouter : « la nouvelle génération consume les données différemment maintenant, et nous voulons y répondre. »

 

De même, la gratuité de l'information sur le Net a forcément lésé les encyclopédies payantes, à l'instar des journaux imprimés. Wikipédia, GOOG, Fortune 500, un vivier de ressources existe en ligne pour accéder à des informations. Le seul avantage des encyclopédies telles que Britannica est la fiabilité.

 

Pour faire face à ces concurrents, Britannica offrira une partie de son contenu gratuitement aux internautes, afin d'augmenter son nombre d'abonnés. Le site sera relancé dans trois semaines pour proposer plus de fonctionnalités et d'interactivité.

 

La fin d'une ère, très certainement, après la première impression de l'encyclopédie en Écosse en 1768. Mais Britannica se réjouit, la boîte organise une fête ce mercredi, date de l'annonce officielle de la fin de l'édition imprimée, et les employés savoureront un gâteau à la forme de l'édition imprimée de l'encyclopédie, ironique ? 

 

Wikipedia ? Tout le monde y pense...

 

C'est après 244 ans d'édition papier que la Britannica baisse les bras. N'est-ce pas là la révolution tant attendue par l'édition - ou redoutée ? La Britannica incarne tout un symbole, concernant le savoir, la connaissance et la recherche d'informations. Depuis la mission encyclopédique que d'Alembert et Diderot s'étaient fixée, avec leur première encyclopédie, c'était par le papier que tout passait. Et désormais, c'est par une version numérique intégrale que l'accès au savoir se fera. 

 

Pourtant, ce n'est pas vers Wikipedia qu'il faut tourner un regard accusateur. De nombreux projets, comme Encarta, ont échoué dans la transition qui aurait pu faciliter la vie de l'encyclopédie. Et face à des ventes en berne - à 1500 $ le volume, pour 32 volumes en tout - difficile de tenir la route devant l'efficacité de l'encyclopédie en ligne, sa communauté. Sans pour autant oublier les écueils qui sont autant de défis pour Wikipedia.

 

Aujourd'hui, la société qui fait 85 % de son chiffre d'affaires avec la vente de programmes pour des enseignants, ou des livres numériques de mathématiques, de sciences dures et molles, le devenir de l'encyclopédie n'était qu'une question de temps. Seul 1 % du CA de l'entreprise provenait de la vente des encyclopédies...