L'Encyclopédie des migrants : une aventure collective et solidaire

La rédaction - 21.02.2017

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L’édition de L’Encyclopédie des migrants par l’association L’âge de la tortue déborde largement le secteur de l’édition, démontrant que le livre, s’il est bien pensé, peut aussi être le fruit d’une aventure collective.

 

 

 

Antoine Chaudet est l’un des porteurs du projet, chargé de la communication et de la création graphique, dans l’association L’âge de la tortue, avec Céline Laflute (coordinatrice) et Paloma Fernández Sobrino (auteure et metteure en scène). Il nous raconte la genèse de L’âge de la tortue, « créée en 2001, avec des artistes issus du spectacle vivant et proches des Ateliers du Vent. En fait, des gens tous attachés à la création à partir de la collecte de paroles, d’échanges spontanés. »

 

L’association a élu domicile dans le quartier du Blosne, à Rennes. « Tout ce que nous faisons est prétexte à la rencontre. Le processus est aussi important pour nous que la finalité. »

 

Parmi les projets de L’âge de la tortue, L’Encyclopédie des migrants est emblématique de la démarche. « Paloma est arrivée d’Espagne il y a dix ans avec un premier projet de collecte de paroles de migrants habitant le quartier, basé sur l’écriture d’une carte postale destinée à un proche dans le pays d’origine, ce qui nous a amenés à éditer un premier livre, Partir, en 2010. »

 

La parution de l’ouvrage débouche sur un second ouvrage, Partir. Esguards... miradas... regards, en 2012. Un livre qui jette un pont avec l’Espagne et la Catalogne, avec des textes traduits en espagnol et en catalan, à partir de témoignages provenant du Blosne, ainsi que du quartier de la Zona Ponent, à Tarragone.

 

Le sociologue André Sauvage et l’anthropologue Maria Serena Pallarès y apportent leurs regards sur les parcours de vie. « On ne pouvait pas s’arrêter là. Étant donné l’afflux de témoignages, Paloma a proposé de créer une Encyclopédie des migrants. » Le projet est lancé en 2014 et réunit huit villes : Brest, Rennes, Nantes, Gijón, Porto, Lisbonne, Cadix et Gibraltar.

 

À partir de réseaux locaux de partenaires, il va regrouper quatre cents témoignages (cinquante par ville). « Nous avons formalisé la méthode à partir d’un groupe de réflexion dans le quartier du Blosne, réunissant chercheurs, migrants, étudiants, militants associatifs, travailleurs sociaux. Au début, on se demandait si ce n’était pas utopique, mais, finalement, ça a marché : on était une quarantaine à chaque réunion. Et cela nous a permis d’anticiper sur les réponses aux questions qui allaient se poser. » La méthode sera ensuite partagée et adaptée sur place, à chaque réalité de terrain.

 

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Sollicités, les décideurs de chaque ville se sont engagés au minimum dans l’achat d’une encyclopédie. « Seuls huit exemplaires seront imprimés, en trois tomes et 1750 pages, en format in-folio, reliés cuir et dorés à l’or fin par la maison Vitoz, de Bédée. On est dans l’esprit de l’encyclopédie de Diderot et D’Alembert, sauf qu’il s’agit ici d’expériences de vie et d’un geste artistique. L’ouvrage pèse dix kilos, il est rare et luxueux, et il sera exposé à la vue du public dans chacune des villes, ce qui sacralise l’importance du migrant dans la cité. »

 

 

 

Parallèlement, une version numérique sera accessible en ligne et gratuitement, avec des mots-clés et un moteur de recherche. « Nous mettons tout à disposition, y compris la méthode de travail, que chacun peut se réapproprier s’il le désire. » Mais l’expérience ne peut s’arrêter là. Déjà d’autres déclinaisons apparaissent à l’horizon. « La dynamique générée par le projet est toujours présente. Une sorte d’université populaire, avec une grande qualité d’écoute. »


L’expérience du groupe de réflexion du Blosne a donné lieu à une transmission des méthodes de travail à l’ensemble de l’équipe européenne, réunie au musée de l’Histoire de l’immigration, partenaire du projet, en novembre 2015.

 

Après la collecte des témoignages dans les huit villes, le travail interminable de mise en pages, de traduction en quatre langues et de correction, L’Encyclopédie des migrants est partie chez l’imprimeur en novembre 2016. La sortie officielle à Rennes est prévue le samedi 4 mars 2017, au centre culturel Le Triangle, avec une lecture par des bénévoles qui doit durer vingt-quatre heures non-stop.

 

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Chaque autre ville a prévu de fêter l’événement à sa façon. Pour Brest, ce sera en mai prochain. Suivront des expos photo (chaque migrant est l’objet d’un portrait), de lettres manuscrites (dans les escaliers des Champs Libres, de juillet à décembre). Un film documentaire retraçant l’aventure sera présenté en juin 2017.

 

« Il s’agit de générer une dynamique durable autour de la question des migrations. En direction, par exemple, du public scolaire, à travers des ateliers touchant à l’apprentissage des langues, à la géographie, à l’histoire, aux techniques (fabrication d’un livre, typographie, mise en pages, imprimerie, reliure, dorure, etc.). »

 

Voir l'Âge de la tortue

voir L'encyclopédie des migrants

 

 

Gérard Alle

 

en partenariat avec Livre et lecture en Bretagne