L'enseigne Virgin Megastore déposera le bilan ce mercredi

Clément Solym - 08.01.2013

Edition - Economie - Virgin Megastore - Dépôt de bilan - Aurélie Filippetti


Ce mardi, à 9h30, devait reprendre la réunion du comité d'entreprise de Virgin Megastore. Mais comme le rapporte l'AFP, celle-ci fut retardée d'une demi-heure tandis que la direction était reçue par la ministre de la Culture au même moment. Et à l'issue de la rencontre, à laquelle participaient les syndicats ainsi qu'un représentant de l'actionnaire Butler Capital Partners, l'avenir de l'enseigne est désormais scellé. Le dépôt de bilan de l'enseigne est annoncé pour mercredi, un nouveau coup dur pour les boutiques physiques souffrant de la concurrence d'Internet et de la dématérialisation croissante de la culture.

 

 

Virgin Megastore, Paris

Ju_li_a, CC BY-NC-SA 2.0

 

 

 

Réunion retardée, mais l'actionnaire était présent

 

Les syndicats, désespérant de ne voir arriver ce matin la direction, ont fini par la contacter pour apprendre que Christine Mondollot, la présidente de Virgin Store, était reçue au même moment par Aurélie Filippetti dans les salons de la rue de Valois. Un entretien qui a été décrit comme « très positif » par un porte-parole de la direction. Tandis que du côté des syndicats, Guy Olharan (CGT) a exprimé l'idée que cette rencontre était peut-être « signe que les choses bougent ».

 

La réunion put reprendre son cours peu avant 10 heures, en présence du représentant de Butler, Laurent Parquet, dont les syndicats avaient obtenu la présence ce lundi (voir notre actualitté). Les syndicats ont exprimé la volonté d'obtenir des explications de Butler, actionnaire majoritaire qui selon Ahcène Bouzit, représentant FO, doit « assurer la pérennité de l'entreprise ».

 

Au sujet de l'actionnaire, Bouzit a ajouté : « Est-ce qu'il veut continuer avec nous ? Est-ce qu'il veut nous jeter parce qu'il nous a utilisés comme des mouchoirs' ? On va lui rappeler ses devoirs. »

 

Le délégué SUD et membre du comité d'entreprise, Sylvain Alias, s'est dit quant à lui en possession de « documents accablants », depuis ce lundi, qui permettrait de démontrer « une incurie de gestion, qui ne peut être que sanctionnée par les tribunaux ». Selon lui, Virgin n'aurait pas payé ses bailleurs depuis des mois, tandis que « les loyers n'avaient pas été payés sur tout le réseau en octobre, novembre et décembre. »

 

 

Avenir scellé, pour l'enseigne en proie aux lois du marché

  

Le secteur est contraint de se renouveler, s'il espère survivre face aux nouvelles menaces pesant sur la distribution de biens culturels : effondrement des marchés physiques de produits culturels, et concurrence des géants d'Internet comme Amazon.

 

Tandis que les membres du comité d'entreprise se trouvaient réunis pour la deuxième journée consécutive afin d'examiner le projet de cessation de paiement de l'enseigne, la direction a annoncé qu'elle se rendrait devant le tribunal de commerce de Paris ce mercredi. La présidente Christine Mondollot n'a pas partagé de commentaire.

 

 

Incurie de gestion, aux yeux des syndicats

 

Le fond d'investissement, actionnaire majoritaire, emploie un millier de salariés tandis que les syndicats lui reprochent désormais son manque d'investissements au sein de la chaîne de commerce de produits culturels. « Nous avons investi beaucoup dans cette société. Notre but, c'est de trouver la meilleure solution possible », affirmait Laurent Parquet en quittant la réunion vers midi.

 

Selon un document passé en revue par l'AFP, les difficultés financières de l'enseigne concerneraient au moins 19 de leurs 26 magasins, faisant notamment état des réclamations des bailleurs à leur encontre.

 

La plus ancienne de ces plaintes correspondrait au mois d'octobre 2010, tandis que la plupart de ces magasins sont concernés au 4e trimestre 2012. Pour certaines boutiques parmi lesquelles Dunkerque, Bercy, ou Avignon, il y serait fait mention d'assignations en cours,  tandis que pour une part, figurent des dates d'audiences en référé ou de délibéré.

 

Alors que les vendeurs et directeurs se trouvaient dans l'attente, sur le terrain, certains d'entre eux s'apprêtaient à participer à des débrayages ce mercredi. Évoquant un « sentiment de frustration », un employé marseillais confiait à l'AFP : « C'est dur d'apprendre ce qui va nous arriver dans les journaux. »