L'entrée du journal d'Anne Frank dans le domaine public retardée ?

Cécile Mazin - 20.11.2014

Edition - Justice - Anne Frank journal - Otto Frank - droit d'auteur


Anne Frank, l'auteure du célèbre Journal, est décédée en févier ou mars 1945, dans le camp de Bergen-Belsen. Ce récit intime évoque la vie d'une jeune adolescente, en pleine oppression de l'Allemagne nazie. Entre juin 42 et août 44, date de son arrestation, Anne Frank parle de sa vie, alors qu'elle est dissimulée à Amsterdam, avec sa famille et quatre autres personnes. Or, en regard des législations en vigueur, le livre devrait tomber prochainement dans le domaine public. Ou pas, en fait...

 

 

crédits Fondation Anne Frank

 

  

La parution du livre est datée de l'été 1947, dans sa première édition néerlandaise. Depuis, il a été vendu à près de 30 millions d'exemplaires, et traduit dans plus de 70 langues. Mais la question du domaine public va se poser dans les prochains mois. De fait, en respectant la règle qui fait entrer une œuvre 70 ans après la mort de l'auteur dans le domaine public, l'ouvrage devrait y accéder d'ici un peu plus d'un an, en 2017. 

 

La difficulté, pour ce document, est que le père d'Anne, Otto Frank, a pris part non seulement à la publication, mais également à l'édition du livre. Or, Otto est décédé le 19 août 1980. Si l'on a célébré le 85e anniversaire de cette éternelle jeune fille, le 12 juin dernier, l'arrivée du livre dans le domaine public pourrait être décalée, en considérant que son père a été partie prenante dans la rédaction. 

 

En effet, dans l'édition du livre, on sait que le père, originellement, s'était occupé de couper quelques passages. En regard de la version réelle, on estimait que 30 % du livre avaient été supprimés – le père estimant qu'il s'y trouvait des séquences trop intimes. 

 

Il faut comprendre par là que la jeune fille parle de son anatomie. Et ce sont justement tous ces passages que le père avait supprimés de la première version du livre. La jeune fille y détaille son corps, son évolution, la découverte de son sexe, mais également de son éveil à la sexualité. Elle avait onze ou douze ans, écrit-elle, et découvre l'existence de son clitoris, dont elle pensait que sortait l'urine. Et puis, c'est la puberté, les poils, ses lèvres... et ainsi de suite. 

 

Or, ces mêmes passages avaient été qualifiés de pornographiques à plusieurs reprises, par différents lecteurs, et plusieurs établissements, principalement aux États-Unis, avaient cherché à les censurer.

 

Selon la Fondation Anne Frank, l'intervention paternelle ferait d'Otto Frank le coauteur du livre, et, à ce titre, l'entrée dans le domaine public devrait être recalculée en fonction de la date de sa mort, à lui. Autrement dit, rendez-vous en 2051. Si bien évidemment, les droits liés à la vente du livre – qui ont été depuis cédés pour diverses adaptations, que ce soit un film d'animation, ou encore en pièce de théâtre – rentrent en ligne de compte, la Fondation souhaite avant toute chose protéger l'intégrité de l'œuvre. 

 

D'autant plus que les négationnistes savent parfois redoubler d'actions et de virulence contre ce témoignage, qui, une fois entré dans le domaine public, pourrait facilement être mutilé.

 

(via La Libre)