Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

L'entrée du logiciel libre en bibliothèques se fait attendre

Antoine Oury - 19.08.2014

Edition - Bibliothèques - bibliothèques logiciels - BibLibre culture du libre - Koha Bokeh Omeka


Dans nos sociétés modernes, les bibliothèques sont perçues comme des lieux de savoir, plus soustrait aux impératifs commerciaux que tout autre lieu de nos sociétés. Et pourtant, les professionnels de l'information sont soumis aux impératifs et exigences de sociétés privées, créateurs des logiciels utilisés pour faire fonctionner la bibliothèque. Des alternatives, libres, existent.

 


Distribution Religion

(The Art Gallery of Knoxville, CC BY-SA 2.0)

 

 

Les logiciels libres n'ont pas bonne presse : malgré les avantages évidents annoncés dès leur dénomination, les programmes gratuits et open source souffrent d'une certaine image de nid à bugs. Certes, personne n'a compris Ubuntu, mais, « encadrée par les bonnes personnes, l'utilisation des logiciels libres en bibliothèques est tout aussi efficace, voire même plus, que celle des produits commerciaux », expliquent Corinne Flacher-David et Philippe Chabanon au Congrès mondial de l'IFLA, à Lyon.

 

Tous deux font partie de l'équipe de BibLibre, une société créée en 2007 qui travaille au croisement des logiciels libres et des logiciels pour les bibliothèques. « Nous choisissons les logiciels nécessaires à nos clients, qui sont tous des bibliothèques, des très grandes bibliothèques universitaires aux municipales, en passant par les établissements spécialisés, religieux ou autres », détaille Philippe Chabanon. Ensuite, la société suit et assiste ses clients avec les opérations de maintenance ou d'installation.

 

Gratuité, certes, mais surtout liberté

 

L'offre en matière de logiciels libres est variée, et couvre tous les besoins des bibliothécaires :

  • Koha, logiciel de système intégré de gestion de bibliothèque (SIGB)
  • Bokeh et Drupal, des offres de type portail, utile pour les interfaces publiques
  • Omeka permet de créer de petites bibliothèques numériques à afficher sur le web, de façon distincte d'un logiciel de la bibliothèque
  • Piwik, concurrent libre de Google Analytics, qui permet notamment de déterminer les termes les plus recherchés et les moins recherchés, sans compter que les données ne sont pas partagées avec des services externes

Les avantages du logiciel libre sont multiples : le premier, le plus évident, est la gratuité. Cela signifie que l'usage du software n'est pas soumis à un achat direct ou à l'acquisition de licences. En temps d'économie budgétaire publique, la transition serait particulièrement profitable... De plus, les bibliothécaires peuvent payer une société de services, comme BibLibre, pour ajouter une fonctionnalité manquante au logiciel de base. Et puisque le logiciel est open source, la modification pourra être utilisée par tous ceux qui ont choisi le libre comme outil de travail.

 

« Ce logiciel est dirigé par une gouvernance qui est élue parmi tous les gens de la communauté, tous les six mois. Ainsi, le logiciel est sous licence libre, et n'appartient à personne tout en appartenant à tout le monde », explique Philippe Chabanon. Dès lors qu'une bibliothèque paye pour implémenter un service, 100 % de la somme est transformée en travail, assure Philippe Chabanon : en l'absence d'actionnaires, de dividendes à verser ou de larges sociétés à faire fonctionner, la circulation des liquidités s'avère bien plus saine.

 

Chaque fonctionnalité n'est par ailleurs payée qu'une seule et unique fois, et profite à chacun : les bibliothèques peuvent compter sur leur propre équipe d'informaticiens pour effectuer les ajustements, mais le recours à une société externe comme BibLibre présente l'avantage de pouvoir « commander » ses propres modifications. Par ailleurs, la réactivité est garantie par la société, qui rassemble à présent 20 personnes pour une centaine de clients et un chiffre d'affaires proches du million €.

 

Leur plus gros client est le réseau des bibliothèques universitaires d'Aix-Marseille, soit 53 établissements, 300 bibliothécaires et 70.000 étudiants à servir. La concurrence commerciale est évidemment présente, avec des logiciels comme Infor, Archimed, BiblioMondo, Orphée ou Innovativ aux États-Unis.

 

« Nous représentons environ 2 % du marché des bibliothèques », détaille Philippe Chabanon, « et 5 % avec les acteurs du libre. La concurrence n'est pas très agressive, parce que nous savons qu'il nous reste 95 % du marché. » Au total, près de 5000 bibliothèques, dans le monde, utilisent des logiciels libres pour leur fonctionnement.