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L'épicerie et les couches se vendront bientôt mieux sur Amazon

Clément Solym - 27.05.2014

Edition - Société - Hachette Book Group - Amazon - autopublication


Difficile de naviguer correctement dans cette affaire : plus on avance, plus on patauge. Michael Pietsch, PDG de Hachette Book Group, a beau lancer des appels et des remerciements, toute l'histoire commence à sentir l'eau croupie. Les réactions sont « extrêmement encourageantes, en voyant nos partenaires de vente au détail : des milliers de chaînes, de vendeurs en ligne et de librairies indépendantes, montrent leur soutien à HBG et nos auteurs », assure-t-il. Fort bien…

 

 

Star Wars Stormtroopers

Scott Smith (SRisonS) CC BY NC ND 2.0, sur Flickr

 

 

En attendant, on ignore toujours royalement ce qui se passe. L'Authors Guild vient de rejeter de l'huile sur le feu : « Le change est ce qui fonctionne le mieux. Cela semble être la stratégie de négociation d'Amazon, au moins », décochait l'organisation, alors que l'on découvrait que les précommandes pour les ouvrages du groupe n'étaient plus disponibles : Amazon avait tout simplement fait disparaître le bouton ad hoc. 

 

Moralité : des pertes financières multiples en perspective et pour plusieurs raisons. D'abord, les ouvrages ne figureront pas dans le top des ventes aussi rapidement que prévu, ensuite, les prévisions possibles sur les résultats sont à jeter aux oubliettes - et le marketing avec eux.  Mieux : dans certains cas, ces données servent à négocier les avances des auteurs, pour les prochains ouvrages, à définir les pourcentages obtenus sur les ventes, et ainsi de suite. Tout cela prend des mois, et s'opère en fonction de la popularité des oeuvres, durant les précommandes - en grande partie. 

 

Comme le souligne Teleread, « il n'y a ni noir ni blanc, ni bon ni mauvais dans cette histoire. C'est juste un groupe de seigneurs, dans leur société, qui tentent de se frayer un chemin vers un nouveau marché. Et les auteurs peuvent être pris en tenailles, mais uniquement parce qu'ils choisissent de rester dans ce marché ». Après tout, quand on commercialise seul son ouvrage, on n'a plus vraiment ce genre de problème, puisque dans l'équation, il ne reste plus qu'Amazon. Et 70 % du prix de vente dans sa poche. 

 

Il sera toujours intéressant de constater combien d'auteurs auront, durant cette période de conflit ouvert, décidé de franchir le pas de l'autopublication pour leurs ouvrages, en décidant, ne serait-ce que pour essayer, de vendre leurs propres titres tout seul. Il serait assez fascinant de voir un James Patterson, de rage, décider d'envoyer tout le monde au diable et mettre son livre sur une plateforme - certainement pas celle d'Amazon ? Et comment pourrait-il en être autrement ?

 

Michael Connelly, Malcolm Gladwell, Nicholas Sparks et des centaines d'autres best-sellers comme James Patterson ont décidé de sensibiliser le public à la situation : ce n'est pas de la libre concurrence, que pratique ici Amazon, mais un nouvel exercice de sape de ses principaux concurrents revendeurs de livres. 

 

"Après tout, quand on commercialise seul son ouvrage, on n'a plus vraiment ce genre de problème, puisque dans l'équation [Hachette contre Amazon], il ne reste plus qu'Amazon"

 

 

Quand The Everything Store [Ndr: surnom d'Amazon, le magasin qui a tout], décide de faire reculer l'un des éditeurs du Big Five, le nom d'amour donné aux grands groupes américains, on transpire un peu. Mais la raison qui explique pourquoi le vendeur peut à ce point jouer avec le fournisseur, est assez simple : « Aucune entreprise dans l'histoire américaine, n'a exercé de contrée sur le marché américain du livre physique, numérique, ou d'occasion  autant qu'Amazon aujourd'hui », souligne David Streitfeld, analyste. 

 

Les ventes de livres représenteraient moins de 20 % de l'ensemble des transactions, en volume, réalisées sur le site Amazon, montrant que Hachette a bien plus besoin d'Amazon que l'inverse. Surtout qu'avec les nouveaux développements de la société, lin se pourrait tout à fait que la livraison de produits d'épicerie, par drones, dépasse rapidement la vente de livres. Enfin, les couches-culottes et les céréales passeraient devant le Paperback. 

 

Mike Levin, du cabinet Consumer Intelligence Research Partners, société basée à Chicago, estime que « les gens sont plus susceptibles d'acheter de la nourriture que des livres sur Amazon. » Les habitudes de consommations évoluent chaque jour un peu plus vers la dématérialisation des achats, et il ne faudra pas attendre trop de temps avant que l'on voie les livres, activité historique de la société, basculer en deuxième place. (via HP)

 

Nina Laden, auteure jeunesse qui a longtemps apporté son soutien entier à Amazon, a décidé de lancer sa propre campagne de boycott. « J'ai soutenu Amazon depuis aussi longtemps que ce site a existé. Je suis publiée depuis 20 ans, et vous avez vendu beaucoup de mes livres », précise-t-elle. Mais manifestement, l'idée d'être supplantée par une couche-culotte lui déplaît, et lui « a fait dire, à [s]es lecteurs, d'acheter ailleurs ».