L'érosion du tissu de librairies va s'accélérer

Clément Solym - 23.05.2011

Edition - Economie - librairies - situation - finances


À l'occasion, la semaine passée, des Rencontres nationales de la librairie, qui se tenaient à Lyon, le cabinet Xerfi a livré une étude sur la situation économique et financière des librairies indépendantes.

Frédéric Mitterrand avait déjà fait part de ses angoisses, comme nous l'expliquions, liées à cette étude, et quelques autres conversations qui s'étaient tenues durant les Rencontres. Selon le ministre l'étude « dresse un tableau très sombre et doit constituer un signal d'alarme tant ses perspectives sont préoccupantes ». (notre actualitté)

Ça va pas spécialement bien

Dans la synthèse de l'étude, on découvre un marché résilient, mais avec une érosion certaine : avec 4,2 milliards € de ventes de livres en 2010, la lecture recule tout de même, comme à chaque « saut de générationo ». Mais si l'industrie se porte globalement bien, le chiffre d'affaires des librairies indépendantes « a reculé de 5,4 % entre 2003 et 2010 avec un net décrochage au cours des deux derniers exercices (-2,5 % en 2009 et -3,0 % en 2010) ».

D'abord, la poussée d'internet, dont les librairies en ligne prennent 11 % des parts de marché. Ensuite, la grande distribution, dont les grandes surfaces culturelles ont pris 7 points entre 2000 et 2010. Les enseignes s'en tirent toujours bien, avec un parc de boutiques qui a doublé depuis 2002. Et pour qui se demande, l'impact du livre numérique reste encore clairement marginal.

« Dans ce contexte, gérer l’absence de croissance devient très difficile pour les librairies. Car les dépenses d’exploitation augmentent naturellement à un rythme de 2 à 3 % par an, sans que les dirigeants aient de marges de manoeuvre pour en inverser la tendance. Le poids des autres achats et charges externes (AACE) dans le chiffre d’affaires des librairies s’est ainsi accru de plus de 2 points entre 2003 et 2010, conséquence de la hausse chronique des loyers commerciaux en centre-ville et de l’envolée des coûts de transport. »

Mais alors, pas bien du tout...

De quoi conduire à plusieurs conclusions. D'abord, la situation critique des petites librairies indépendantes, « au point que c’est la rémunération des dirigeants qui fait fréquemment figure de variable d’ajustement pour équilibrer les comptes », dans le cas des établissements de moins de 300.000 € de CA.

D'autre part, si le prix unique du livre papier a fait des miracles durant trente ans, il ne sauvera pas les établissements, en quête de rentabilité. Et pour éviter une série de fermetures massive la solution passerait par « l’obtention de meilleures conditions tarifaires auprès des éditeurs et des distributeurs et donc par une nouvelle réflexion sur le partage de la valeur au sein de la filière du livre ».

Enfin, tout l'enjeu du livre semble passer par les grandes librairies et les établissements labellisés, qui semblent résister à une situation douloureuse. Les établissements de plus d'un million € de CA ont progressé de 6 % entre 2003 et 2010, avec, entre autres, l'augmentation des ventes aux collectivités locales. Cependant, « les boutiques misant sur la visibilité et l’agencement de leur point de vente, sur la pertinence et la largeur de leur assortiment, la qualité du conseil ou la fidélisation de la clientèle ont encore une carte à jouer ».

Consulter l'étude dans son intégralité