L'espace Schengen est "une honte" pour Le Clézio

Julien Helmlinger - 02.02.2015

Edition - International - Jean-Marie Gustave Le Clézio - Terrorisme - Michel Houellebecq


L'écrivain français et lauréat du Prix Nobel de littérature 2008, Jean-Marie Gustave Le Clézio, était l'invité du Hay Festival en Colombie. Il en a profité pour lancer son plaidoyer en faveur de l'« ouverture des frontières ». Après les attentats fanatiques du mois de janvier, le voyageur estime qu'il « ne faudrait pas dresser encore d'autres frontières, mais au contraire, les baisser, que les gens puissent circuler plus facilement et partout ».

 

 

JeanMarie Gustave Le Clezio

Jean-Marie Gustave Le Clézio (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

L'écrivain à « identité multiple », comme il se définit lui-même, âgé de 74 ans, s'exprimait en marge du festival littéraire qui se tenait jusqu'à dimanche dans l'ancien port colonial des Caraïbes. De « culture mauricienne », ayant vécu son enfance en Afrique, s'étant immergé au sein d'une tribu amérindienne dans les années 1970, Le Clézio qualifie l'espace Schengen de « honte ». 

 

Alors que les événements du mois dernier ravivent les polémiques sur l'immigration, « on est en train de fermer l'Europe à l'Afrique, à l'Orient, même à l'Amérique latine », estime l'auteur du roman Désert ou encore de L'Africain, un portrait de son paternel.

 

Le Monde a publié une lettre de l'écrivain, adressée à sa fille, dans laquelle il la félicite d'avoir participé aux rassemblements en hommage aux victimes des attentats du mois de janvier. Mais selon lui, leurs assassins, en situation d'échec dans la société française, « ne sont pas des barbares ». Une prise de position qui lui vaut certaines critiques, dont celles du Prix Nobel de littérature 2010, le Péruvien Mario Vargas Llosa.

 

« Je sais qu'on peut remédier à la pauvreté et l'isolement des banlieues. Il faudrait qu'il y ait davantage de communication, mais après ça, on ne pourra pas empêcher les fous d'être fous. Simplement, il ne faut pas qu'ils soient armés », soutient J.M.G. Le Clézio, qui pense que le livre constitue « un bon moyen de pouvoir franchir les frontières » face aux restrictions de circulation.

 

Selon lui « la littérature est une sorte de caisse de résonance », mais il ne pense pas qu'elle revêt « un rôle moralisateur ». Alors que Michel Houellebecq rencontre le succès en librairies avec Soumission, présentant une islamisation de la société française et l'élection d'un président musulman à l'Élysée, Le Clézio, proche de l'islam, n'est pas convaincu par l'anticipation décrite.

 

« Je n'aime pas beaucoup le titre de ce livre et je ne le lirai probablement pas parce que je ne pense pas que ce soit un bon message à donner aux Français, de leur dire qu'ils doivent avoir très peur de l'islam. Je crois qu'ils ont déjà en France une tendance à céder à la crainte, alors, je ne pense pas que ce soit une bonne idée », précise-t-il.

 

Prenant le parti d'une « littérature optimiste », le Nobel français entend continuer à écrire depuis ses destinations de voyages. Il pourrait notamment intituler un prochain roman L'âme, du nom de la propriété de ses parents, Bretons immigrés à l'île Maurice. Par ailleurs il devrait également publier le fruit d'un travail avec ses élèves en Chine, où il a été nommé professeur d'honneur par une université.

 

« Je ne crois pas qu'il y ait un progrès dans l'art, je ne pense pas qu'il y ait un progrès dans la littérature. Je pense que les pensées, les créations sont circulaires, c'est-à-dire qu'elles circulent, qu'elles vont, qu'elles reviennent », défend l'écrivain.