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L'Espagne veut interdire Marie-toi et sois soumise, pamphlet catholique

Antoine Oury - 26.11.2013

Edition - International - Espagne - Marie-toi et sois soumise - Costanza Miriano


Lorsque l'archevêché de Grenade a eu l'opportunité de publier en Espagne le livre de la journaliste italienne Costanza Miriano, l'hésitation n'était pas de mise. Et ce, malgré le titre sulfureux du pamphlet, Marie-toi et sois soumise. En Italie, l'ouvrage, qui promeut le dévouement des femmes à l'amour et à l'affection envers leur mari, a été suivi d'un second volume destiné aux hommes, et tous deux se sont vendus à 70.000 exemplaires, au total.

 

 

Costanza Miriano

Costanza Miriano, en avril 2013 (lafiguradelpadre Congreso, CC BY 2.0)

 

 

La morale catholique n'a visiblement pas bougé, au fil des siècles : c'est d'ailleurs avec le texte original de la Bible, appuyé de référence à Saint-Paul, que Costanza Miriano explique l'utilisation du terme « soumission ». « Les femmes ont un désir de contrôle et les hommes tendent à l'égoïsme. Saint-Paul insiste sur deux points : les femmes doivent être soumises, mais les hommes doivent mourir pour elles », explique-t-elle.

 

Chevaliers, poncez votre armure...

 

L'auteure est évidemment opposée à toute forme de féminisme, et revendique sans ambages sa ligne idéologique : « Je crois que le rôle de la femme est de se montrer aussi bonne et belle que possible à l'homme. Lui renvoyer une image positive, lui dire à quel point il est important, et lui permettre de s'impliquer au mieux dans la construction d'une famille et l'éducation des enfants. »

 

Malgré ces propos rigoristes, le livre a rencontré un succès notable en Italie, avant sa traduction espagnole publiée il y a deux semaines environ, par la maison Nuevo Inicio, attachée à l'archevêché de Grenade. La ministre de la Santé Ana Mato, profitant de la journée internationale des violences faites aux femmes, a demandé l'interdiction du livre, le jugeant « irrespectueux », rapporte l'AFP.

 

L'archevêché a évidemment qualifié la polémique de « ridicule et hypocrite », en soulignant simplement que « ni cette oeuvre ni aucune de [s]es déclarations n'ont jamais justifié ou excusé, et encore moins encouragé, un acte de violence envers la femme ». Bien évidemment, c'est peut-être à une autre violence que l'on pense, dans ce cas... 

 

Sans surprise, l'archevêque a conclu son intervention avec un message tout ce qu'il y a de plus subtil : « Ce qui permet et favorise en revanche la violence envers les femmes, c'est la législation qui libéralise l'avortement, tout comme toutes les mesures qui affaiblissent ou éliminent le mariage, car elles tendent à faire retomber sur la seule femme toute la responsabilité d'une éventuelle grossesse. »