L'État de Washington pourrait censurer les livres “effrayants”

Antoine Oury - 31.10.2016

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Une petite frayeur n'a jamais fait de mal à personne, et pas besoin d'être au coin du feu, au milieu d'une inquiétante forêt : l'heure du conte, avant de dormir, peut être l'occasion d'accélérer un peu son rythme cardiaque... y compris pour les enfants. Les autorités de l'État de Washington pensent le contraire : elles viennent de publier des recommandations à l'attention des crèches de l'État, incitant à bannir les livres présentant « des images effrayantes ».

 

Galerie des héros - Salon du Livre et de la Presse Jeunesse de Montreuil 2013

Max et les Maximonstres, par Maurice Sendak (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

L'État de Washington propose aux crèches de la ville une subvention à leur activité, à la condition expresse qu'elles se conforment à une série d'exigences. Ces règles découlent d'une bonne volonté, pour offrir une qualité de service minimale aux habitants, mais l'une d'entre elles, apparue cette année, fait lever les sourcils aux professionnels et aux militants de la liberté d'expression.

 

« Les livres qui glorifient la violence ou montrent des images effrayantes ne sont pas appropriés au sein de la crèche », annonce ainsi l'État de Washington dans sa charte destinée aux crèches, rendue publique par la Coalition nationale contre la censure (National Coalition Against Censorship, NCAC). L'organisation s'inquiète de l'apparition d'une autocensure au sein des crèches, pour éviter des réclamations et la disparition de la subvention.

 

Des dizaines de livres sont cités en exemple, dont Max et les Maximonstres de Maurice Sendak, mais aussi des contes séculaires comme Le Petit Chaperon rouge ou Hansel et Gretel. « D'innombrables livres à la valeur pédagogique évidente s'appuient sur des images que les plus petits peuvent trouver effrayantes », souligne la NCAC.

 

Et d'égrainer les conséquences inattendues que les recommandations de l'État pourraient avoir sur les bibliothèques des crèches : des ouvrages documentaires sur la nature, évoquant par exemple la chaîne alimentaire, se retrouveraient bannis.

 

Les bienfaits d'une angoisse passagère, avec la lecture d'un livre effrayant, ou d'un passage effrayant au sein d'un livre, sont pourtant mis en avant par de nombreux pédagogues : « Lorsque vous lisez une histoire effrayante à un enfant, ou qu’ils la lisent eux-mêmes, l’enfant a un certain niveau de contrôle — il peut suspendre ou arrêter », explique ainsi la psychologue britannique Emma Kenny. « Et l’histoire peut susciter une discussion, au cours de laquelle ils peuvent explorer et expliquer comment ils se sentent. »

 

Ils viennent pour vos enfants...

 

 

En somme, visualiser et discuter les angoisses de l'enfant serait le meilleur moyen pour les désamorcer, contrairement à une attitude de censure qui chercherait à dissimuler les éléments dérangeants aux bambins.

 

Les autorités de l'État de Washington n'ont pas encore réagi aux inquiétudes de la NCAC.

 

via The Guardian