L'éthique d'Elsevier tient à distance les médecins australiens

Antoine Oury - 06.05.2015

Edition - Les maisons - Elsevier - The Medical Journal of Australia - Australie


Elsevier est l'un des plus importants éditeurs de revues académiques, pédagogiques et médicales. Intégrée au groupe Reed Elsevier, elle a récemment été victime d'un boycott des chercheurs néerlandais — son pays d'origine — pour son manque de coopération au mouvement de l'open access. C'est en Australie, cette fois, que l'éditeur a été vivement critiqué pour certaines pratiques.

Boycott Elsevier

Parodie du logo Elsevier pour des opérations de boycott (Giulia Forsythe, CC BY-NC-SA 2.0)

 

 

Le Medical Journal of Australia a été créé 1914, afin de publier « les dernières recherches cliniques australiennes, des évaluations précises et justifiées et des débats sur les sujets importants qui concernent la santé en Australie ». Une référence, donc, qui devait toutefois procéder à quelques réformes structurelles.

 

Ainsi, l'AMPCo (the Australian Medical Publishing Company) avait proposé un plan visant à externaliser une partie de la production du journal que l'organisme édite à Elsevier, afin de réaliser quelques économies. Le professeur Stephen Leeder, rédacteur en chef de la revue, s'est alors inquiété des conséquences de cette externalisation partielle : « Nous ne nous sommes pas entendus sur la distinction entre deux équipes, une de rédacteurs, et une d'évaluateurs. Une telle organisation passe complètement à côté de la collégialité que nous avions mise en place », a-t-il expliqué.

 

Le désaccord était si profond que le rédacteur en chef a été remercié, ce qui n'a pas manqué de choquer un peu plus le comité consultatif de rédaction, qui menace de démissionner à son tour si le professeur Leeder n'est pas réinstallé à son poste. De son côté, l'AMPCo a précisé que seules la gestion de la production et la recherche opérationnelle seraient confiées à Elsevier.

 

Néanmoins, le mal est fait : certains membres du comité de rédaction ont fait parvenir un courrier à l'AMPCo pour partager leur inquiétude sur l'éthique de l'éditeur Elsevier. Certains évoquent ainsi l'année 2009, et la publication par Elsevier d'un journal entièrement payé par le laboratoire pharmaceutique Merck, pour vanter ses produits. Sans préciser l'origine du financement du journal, évidemment.

 

Le professeur Leeder lui-même se disait « particulièrement inquiet de l'histoire d'Elsevier, avec ses comportements illégaux et contraires à l'éthique ». 

 

2009 est encore présent dans toutes les mémoires, mais l'AMPCo, filiale de l'Association des médecins australiens, n'est pas revenue sur sa décision. Une externalisation d'une partie de la production aura bien lieu, malgré la défiance d'une partie du comité de rédaction. L'avenir du journal est quelque peu remis en cause, souligne le comité de rédaction, puisque la place du rédacteur en chef semble plutôt instable... 

 

« De nombreux commentaires ont été relayés dans les médias, surtout au sein de la presse médicale ou sociale, sur la fin du contrat du professeur Leeder. Un grand nombre de ces commentaires sont inexacts, et ne reflètent pas des faits », a précisé l'association des médecins australiens. Comme les journaux payés par des labos ?