« Les traducteurs sont mes yeux », Tobie Nathan

Claire Darfeuille - 16.09.2015

Edition - International - Traduction - littérature étrangère - Festival Vo-Vf


L’ethnopsychiatre et écrivain, Tobie Nathan, lancera le Festival Vo-Vf, le monde en livres, vendredi 2 octobre à Gif-sur-Yvette. Il y abordera la question de la traduction dans son travail avec les migrants et présentera son dernier roman Ce pays qui te ressemble, sur l’Égypte de son enfance.​

 

L'ethnospsychiatre Tobie Nathan, invité du festival Vo-Vf, le monde en livres à Gif-sur-Yvette

 

 

Tobie Nathan a dix ans en 1958, quand ses parents arrivent en France, après avoir été expulsés d’Égypte, ainsi que le fut la communauté juive du Caire après la Seconde Guerre. Il se souvient avec nostalgie de ce pays de son enfance, cosmopolite et multiconfessionnel, où vingt communautés différentes vivaient côte à côte. « Nous avions des discussions interminables, qui tournaient principalement autour de nos différences. La différence nous rapprochait » note-t-il, ravi de cette apparente contradiction qui ouvre bien des perspectives. Cette Égypte, terre disparue de son enfance, Tobie Nathan la fait revivre dans son dernier roman Ce pays qui te ressemble (Stock 2015, retenu dans la sélection pour le Goncourt).

 

Le plurilinguisme de la communauté juive du Caire

 

« À la maison, on parlait français et arabe, les deux langues, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur », raconte Tobie Nathan dont les oreilles ont également été bercées par l’italien de son grand-père, le ladino (judéo-espagnol) et les multiples autres langues (grec, turc, arménien, etc.) parlées à l’époque au sein de cette communauté qui s’était « beaucoup baladée dans la région, de Salonique (Thessalonique lorsque la ville était encore turque) à Chypre. »

 

Cette expérience douloureuse de l’exil et de la perte de la langue maternelle, « pas celle de la mère, mais la langue mère, celle dans laquelle vous avez appris à parler, la seule dans laquelle un travail de psychothérapie est possible... » aura sans doute déterminé son orientation vers l’ethnopsychiatrie. Cette discipline fondée par Georges Devereux jette un pont entre la psychologie clinique et l’anthropologie. Elle pose pour principe d’analyser les patients en les inscrivant dans leur contexte culturel et familial. Tobie Nathan, qui fut son disciple, ouvre en 1979 la première consultation d’ethnopsychiatrie à l’hôpital Avicenne de Bobigny et fonde en 1993 le Centre Georges Devereux, centre universitaire d’aide psychologique aux familles migrantes.

 

Les migrants sont toujours reçus dans leur langue

 

Au sein de ces consultations collectives, transnationales et multilingues, Tobie Nathan travaille avec de nombreux interprètes, car les migrants sont toujours reçus dans leur langue. Il s’étonne encore que Freud, qui était polyglotte, n’ait pas accordé plus d’importance à cette question. « Dans le cas clinique de L’Homme aux loups, il traite son patient Sergueï Pankejeff sans s’attacher au fait qu’il est un immigré russe, parlant mal l’allemand, dont le monde est la communauté aristocratique russe de l’époque. En fait, Freud cherche, derrière les lapsus, quelque chose d’identique chez tout le monde, alors que pour ma part je cherche ce que les gens ont de particulier », conclut-il.

 

Malgré son plurilinguisme, Tobie Nathan assure n’être « assez bon dans aucune langue » pour lire des versions originales et précise qu’il accorde une grande importance à l’identité du traducteur. « Je ne suis à l’aise pour lire qu’en français, aussi les traducteurs sont-ils mes yeux », explique celui qui depuis 40 ans écoute les réfugiés venus d’ailleurs.

 

Tobie Nathan au festival Vo-Vf, le monde en livres, le 02 octobre à 18h30 au cinéma Central à Gif-sur-Yvette, rencontre animée par Salomé Kiner et suivie de la projection du film Jimmy P. psychothérapie des Indiens des plaines d’Arnaud Desplechin (2013).

 


Pour approfondir

Editeur : Stock
Genre : litterature...
Total pages : 540
Traducteur :
ISBN : 9782234078222

Ce pays qui te ressemble

de Tobie Nathan

C’est dans le ghetto juif du Caire que naît, contre toute attente, d’une jeune mère flamboyante et d’un père aveugle, Zohar l’insoumis. Et voici que sa soeur de lait, Masreya, issue de la fange du Delta, danseuse aux ruses d’enchanteresse, le conduit aux portes du pouvoir. Voici aussi les mendiants et les orgueilleux, les filous et les commères de la ruelle, les pauvres et les nantis, petit peuple qui va roulant, criant, se révoltant, espérant et souffrant. Cette saga aux couleurs du soleil millénaire dit tout de l’Égypte: grandeur et décadence du roi Farouk, dernier pharaon, despote à l’apparence de prince charmant, adoré de son peuple et paralysé de névroses. Arrivée au pouvoir de Gamal Abdel Nasser en 1952 et expulsion des Juifs. Islamisation de l’Égypte sous la poussée des Frères musulmans, première éruption d’un volcan qui n’en finit pas de rugir… C’est la chute du monde ancien, qui enveloppait magies et sortilèges sous les habits d’Hollywood. La naissance d’un monde moderne, pris entre dieux et diables.

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