L'évangélisation d'Amazon s'intensifie : Saint Kindle, priez avec lui

Clément Solym - 28.11.2011

Edition - Société - Xavier Garambois - Amazon - Kindle


Inviter Amazon à parler sur les ondes, c'est être assuré que l'on assistera à un exercice de langue diplomatique de type bois d'ébène bien solide. Xavier Garambois, PDG d'Amazon France était ainsi invité sur France Culture, pour l'émission Soft Power.

 

Au menu, l'immanquable Kindle, évidemment, disponible avec un catalogue de 45.000 titres français, maintenant - contre 35.000 au 14 octobre, date de lancement. Amusant d'ailleurs que le PDG parle d'un « long processus technique » pour faire venir les livres sur leur plateforme. On aurait plutôt parlé de négociations avec les éditeurs...

 

In medias res, on attaque sur le Kindle Fire : pourquoi pas en France. Immédiatement, ça botte en touche, avec un historique du Kindle, dont la première version est sortie en 2007 - voilà donc quatre ans qu'Amazon travaille sur un meilleur modèle. Sauf qu'entre temps, plusieurs autres générations sont sorties, et que la version proposée en France est bien en deçà de l'offre outre-Atlantique.

 

 

Mais la volonté du marchand est de donner un outil pour la lecture de longs textes, « à un prix défiant toute concurrence ». Certes. Mais des caractéristiques techniques qui ont un retard d'un an, au moins. Donc, le Kindle Fire, ce n'est pas la lecture de textes longs, plutôt des articles courts, des choses illustrées, estime Xavier Garambois. Ce qui est toujours appréciable, et valable pour l'ensemble des fabricants, c'est de penser aux usages et de les limiter volontairement.

 

La première étape, avant de proposer la tablette, c'est donc de « convertir, ou de convaincre les lecteurs de passer à la lecture sur encre électronique ». Qu'on se le dise, donc, l'évangélisation a commencé.

 

Pour les attentes, grande vague de déception : Amazon n'annonce pas d'alignement avec un lecteur ebook tactile. Pas de chiffres de vente non plus sur les livres.

 

L'autoédition... n'a pas pour vocation de tuer les éditeurs

 

En revanche, la plateforme Kindle Direct Publishing est évoquée. Cet outil d'autoédition, qui fait des merveilles aux États-Unis a débarqué en France. Pour autant, Amazon ne devient pas - encore - éditeur. Mais le succès est déjà là : « Le 7e titre le plus vendu en format Kindle est un titre d'autoédition. Ça s'appelle l'Apprenti de Guillaume poirier », et c'est donc, dans la catégorie payante, la 7e meilleure vente, depuis un mois. Après vérification, c'était peut-être le cas dimanche, durant l'émisison, mais ce n'est plus du tout d'actualité. En fait, le titre n'est même plus dans les 20 meilleures ventes...

 

Mais l'auteur dispose tout de même de 70 % de droits. Alors, qu'en sera-t-il des auteurs de best-sellers ? Xavier Garambois freinent des quatre fers : Kindle Direct Publishing est une opportunité pour publier ses titres quand on est indépendant, mais pas du tout pour attirer les auteurs célèbres.

 

... simplement de faire grossir le catalogue...

 

Là encore, personne n'est dupe : le même discours a été posé voilà quelques années, quand le service est sorti outre-Atlantique. Entre-temps, on a vu exactement ce qui s'était passé. D'ailleurs, assure Xavier Garambois, « on ne peut pas avoir dans la chaîne du livre actuelle des éditeurs qui disparaissent. D'ailleurs, ce n'est pas du tout d'actualité ». On se souviendra de ces propos quand le cybermarchand ouvrira ses filiales d'édition, d'ici probablement une douzaine de mois...

 

Xavier Garambois expliquera aussi avec brio comment Amazon enferme son client dans un écosystème global, avec le jeu des applications, qui permettent de profiter de sa lecture sur tous les appareils qui existent. C'est l'avantage des DRM d'Amazon : vous êtes enfermé, mais la prison est dorée, alors pourquoi en sortir ?

 

On saluera l'attaque de Frédéric Martel :

« Comment vous avez fait pour tuer la Fnac.com ? »

Risposte gênée : « On n'a tué personne. Ils s'en tirent très très bien. »

« Vous flattez les éditeurs, les auteurs et la Fnac, mais vous les avez presque tous tués. »

Réponse avec la voix qui s'étouffe : « Je ne suis pas d'accord avec vous. »

 

Dont acte !