L'évolution des relations entre libraires et lecteurs

Auteur invité - 06.02.2019

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Depuis son apparition, le métier de libraire a connu de nombreuses évolutions, qu’elles soient sociales, sociétales, technologiques… C’est pour ainsi dire un métier contraint de se réinventer en permanence. Mais quelles sont ces modifications – et quel est leur impact dans les relations avec le lecteur  ? 
 
Librairies à Bordeaux
ActuaLitté, CC BY SA 2.0 (photo d'illustration - librairie Mollat à Bordeaux)
 

Si l’on regarde la simple pratique de la lecture, il est évident qu’un vaste changement se constate depuis les débuts de la diffusion des écrits au grand public. Dans les premiers temps, la lecture était en effet réservée aux érudits, aux intellectuels et aux personnes d’influence. Vers le XVIIe siècle, la pratique s’étend aux classes sociales élevées, où l’apprentissage de la lecture devient une qualité intellectuelle distinctive. Elle permet aux personnes de la haute société de se distinguer du peuple par leur connaissance.
 

Partager, commercialiser, diffuser


À cette époque, le libraire occupe une place centrale dans la diffusion des écrits. En effet, les échoppes n’avaient rien à voir avec ces petits commerces dans lesquels le lecteur d’aujourd’hui peut flâner à sa guise. Comme le pharmacien, le libraire occupait autrefois une place de véritable prescripteur. Les livres étaient d’ailleurs placés derrière son comptoir et non tout autour. Les clients entraient alors mus par une volonté de trouver un livre ou un sujet précis, et s’en remettaient entièrement aux conseils de leur libraire. Ce dernier se plaçait alors en principal médiateur légitime de la relation aux livres.

Après la Révolution, les pratiques de lecture s’étendent encore plus, et les productions se diversifient. Bien plus tard, on assistera encore au processus de démocratisation de la lecture – citons notamment les lois Ferry sur l’école obligatoire qui ont largement participé à cette pratique culturelle. 

Le XIXe siècle marque un tournant dans la pratique de la lecture avec l'arrivée de la production de romans, poussée par une grande amélioration et évolution des méthodes de production. Elles permettent de diminuer le prix du livre et ainsi de toucher un nouveau public. Avant l'apparition du poche, le livre demeurait un produit culturel plutôt inaccessible pour les classes populaires. 

De nouveaux lecteurs et donc de nouvelles demandes, la production évolue et s’adapte à tous les goûts  : création de bibliothèques de gares par Louis Hachette pour les lecteurs voyageurs, puis création de la bibliothèque Rose pour étendre la littérature aux plus jeunes (en grande partie fondée par la Comtesse de Ségur)... La lecture devient donc réellement une pratique culturelle répandue et le lecteur a ses attentes. 

La relation au libraire commence ainsi à différer. En effet, de prescripteur, il devient petit à petit conseiller. 
 

Produire, plus, encore plus


La société de consommation a entraîné le développement de nouvelles maisons d’édition dont le nombre n’a cessé d’augmenter. Parallèlement une forte concentration du marché s'observe, avec une surproduction des grosses maisons d’édition qui occupent un espace significatif. 

Cette suprématie de la maison d’édition, bien plus mise en avant, s’est accompagnée d’une modification des rapports entre les différents acteurs de la chaîne du livre. L’apparition des grandes surfaces culturelles qui ont la capacité de répondre aux demandes de tous les lecteurs et d’accueillir cette production toujours plus florissante, la forte pression exercée par les éditeurs et leurs représentants sur les libraires quant aux choix des livres et de leur quantité, les modifications de stratégies commerciales de la part de l’éditeur pour mieux se rapprocher du lecteur (notamment grâce à la montée de l’utilisation des réseaux sociaux…).

Tous ces paramètres ont ainsi contribué à instaurer peu à peu une plus grande distance entre le lecteur et le libraire. Librairies désertées de leurs lecteurs qui leur préfèrent les grandes surfaces culturelles où ils peuvent trouver ce qu’ils recherchent, ou, encore, bien entendu les sites de ventes en ligne qui leur économisent du temps de déplacement… 
 

L'avenir, le livre, la lecture


Le constat est sans appel  : le libraire n’a plus le même impact sur son lecteur qu’auparavant. De même, le lecteur est aujourd’hui au centre de la chaîne du livre. L’éditeur produit selon ses attentes qu’il mesure grâce aux tendances, aux sondages, aux études... C’est lui qui devient désormais le prescripteur. Quand auparavant le lecteur venait chercher conseil pour un achat : quand aujourd’hui il rentre en librairie, il sait déjà ce qu’il veut acheter. Il a ses auteurs fétiches, largement mis en avant et médiatisés par les éditeurs, et le libraire se contente de s’adapter à ses désirs. 

Alors le libraire est-il devenu obsolète  ? Peut-on parler de la fin des librairies  ? Probablement pas. 

En effet, des études montrent que, chez les lecteurs assidus, la partie conseil et prescription de son vendeur est essentielle dans l’acte d’achat. Ce que n’offrent la plupart du temps plus les grandes surfaces, qui ne peuvent offrir une offre de conseil aux vues des quantités faramineuses de livres différents qu’ils proposent.

Cela reste encore malheureusement une partie mineure de la clientèle, mais ce désir naissant n’est pas à négliger. Peut-être pourrait-il permettre au libraire de faire rebasculer la balance en sa faveur  ?
 
par Juliette Lales

Article réalisé et publié dans le cadre des travaux menés avec les élèves du Master 1 Apprentissage de l’université de Villetaneuse — Paris 13, spécialité Commercialisation du livre. Les étudiants sont invités à écrire sur un sujet lié au monde de l'édition, suivant des consignes de rédaction journalistique. 


Commentaires
Bonjour,

je suis libraires ce que je vis dans mon magasin est exactement à l’opposé. De plus en plus de lecteurs cherchent un conseil, il ressentent le besoin de quelqu.un qui sélectionne et défend des livres. De plus la vision de grandes surfaces cultureeels proposant pléthore de titres est fausse. Dans les 58 mètres carrés de ma librairie je propose autant de références en bandes dessinées que ne le faisait l’enorm Virgin des Champs. Que des étudiants en masser de «  ommercialisation du livre » aient cette vision des librairies le semble inquiétant.
Bonjour,

Vous n’avez pas du lure fin de mon article, au contraire je pointé du doigt le fait que justement la tendance était à l’iversion.

Nous sommes tout à fait conscients qu’un changement s’opere, je montrais simplement l’évolution au fil du temps.

En vous souhaitant une bonne journée.



L’autrice de cet article.
"L'auteur" estu cité une seule fois dans cet article...

Et c'est un peu problématique

Pas d'auteur, pas de livre, pas de libraire...

Il faudrait sans doute que les libraires s'émancipent dun paternalisme des éditeurs pour découvrir cet animal étrange qu'est l'auteur

Alors, ensemble, ils feront vivre le livre et le plaisir de lire sous toutes ses formes
sauf que le sujet n'est pas l'auteur justement .. mais la relation de la librairie et du lecteur ..mais cela pourrait faire en revanche l'objet d'un autre article ...
cher monsieur , je pense que votre vision justement se limite à votre librairie ..le fait est qu'il existe d'autres moyens de diffuser la lecture c'est un fait .Maintenant quand au choix ou à la qualité , je suis d'accord comme cette étudiante le dit , que lorsque le lecteur recherche un conseil plus précis , il ne pourra le trouver que dans certaines librairies plus que dans les grandes surfaces..Je dis certaine parceque tous les libraires ne sont pas non plus des pro du livres ..quoi que vous puissiez en penser ..il faut vivre avec son temps c'est comme ça ..Réjouissez vous justement qu'il y ait des étudiants en édition pour défendre encore votre profession ..vous m'avez l'air aigri elle n'y est pour rien
hé bien, monsieur, quel procès hâtif vous me faites là...

Premièrement, je ne suis pas libraire. Et quand aux nouveaux moyens de diffusions, je les exploite depuis quelques années. Ma" colère", toute feutrée, portait juste sur le fait que cet article

Au XVIII ème, dans les salons littéraires, on se passait et de libraires et d'éditeurs. Par la suite, les pamphlets qui ont fait avancer notre société n'étaient pas distribués par un quelconque libraire, mais de la main à la main, par de auteurs déjà quasiment "autoédités". L'histoire ne se répète peut-être jamais, mais elle a de serieux hoquets.

Je loue Juliette Lales de s'intéresser à cette relation "tripartite" entre lecteurs et libraires. Je notais juste qu'il s'agit plutôt d'un quatuor amoureux, au sein duquel l'auteur est souvent le cocu wink
Article très intéressent, merci Juliette pour cette analyse !

J'invite les précédents commentateurs à bien relire son travail (en entier hein, le titre aussi ça compte wink )



Bonne continuation dans votre master
Il me semble que le libraire compte toujours beaucoup, il suffit de voir même dans ces surfaces culturelles que vous décrivez, les clients à la recherche de quelqu'un (un libraire) qui pourrait les renseigner dans cette masse produite chaque semaine.
Bonjour.



Encore une fois personne ne semble lire la fin de mon article qui nuance tout le reste. La thématique demandée était « la perte des relations libraires/lecteurs ». J’ai donc décris comment cette dernière a décliné mais si vous lisez bien la fin vous verrez que je montre justement que les gens recommencent à se tourner vers le relationnel.

Je fais partie des personnes qui sont persuadée que la grande surface et internet ne pourront jamais remplacer un libraire.

Bonne journée à vous.

Bien cordialement.



L’Autrice de cet article
Paradoxalement, dans ma petite ville de province j'ai pu constater le cas du libraire qui ne lit plus vraiment, qui ne sait plus conseiller autre chose que le dernier livre de tel homme politique. Sur 3 librairies, pendant près de 10 ans, l'une était spécialisée dans le livre scolaire, l'autre s'est petit à petit transformée en papeterie et la dernière ne faisait que du livre scolaire, politique et les 5 même collections de BD. Demander conseil était souvent bien peu utile malheureusement.

Heureusement depuis 2 ans une nouvelle libraire a ouvert ses portes, avec un large choix éditorial dans tous les genres et surtout, des libraires qui lisent, connaissent les oeuvres et les auteurs même parfois de niche. Et ça, c'est une librairie où on a envie de revenir ne serait-ce que pour discuter avec le libraire smile
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